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« Farme ta yeule ! »

Isabelle Maréchal

Isabelle Maréchal @

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« Conne, blondasse, condescendante, matante bourgeoise, vendue, frustrée, jalouse sans talent, ignorante de banlieue, vieille peau qui ne comprend rien » : les qualificatifs pleuvent depuis quelques jours et me laissent perplexe. J’ai pris soin de passer outre les commentaires à caractère sexuel. Je vous épargne ainsi une redite du triste épisode de la pancarte insultant ma collègue Sophie Durocher.

C’est vrai qu’il faut avoir la couenne dure par les temps qui courent pour oser proposer d’autres avenues que la révolution de rue. Pourquoi toute cette rage à peine contenue envers tous ceux, des médias et d’ailleurs, qui osent suggérer autre chose que de taper sur des casseroles et de renverser le gouvernement ?

Zéro nuance !

Le mépris et la menace ont pris le dessus sur la nuance et le débat, prouvant ainsi notre incapacité à maîtriser l’art de la discussion de fond. Visiblement, ça sert le discours de certains de ne s’en tenir qu’à la forme, quitte à déformer le propos. Faudra s’en souvenir la prochaine fois qu’on sera tenté de se comparer à nos cousins français. Eux peuvent se haranguer, s’engueuler comme du poisson pourri sur une question nationale, ils iront ensuite allégrement prendre un pot tous ensemble après. Chez nous, dès que la discussion s’enflamme, on se tortille d’inconfort sur notre chaise. « Bienheureux celui qui pense comme les autres, car le royaume québécois lui appartient ».

Jeunes contre vieux, pauvres contre riches, Y contre X, toi contre moi. Tout semble nous opposer désormais. Nous sommes pris au piège d’un dogmatisme fermé, à une seule et même vérité, celle des manifestants de tout acabit. Hors de la pensée « carré rouge », point de salut ! Que les Verts, les fanfarons de la droite et autres marionnettes inconscientes se le tiennent pour dit.

Ça me rappelle le fameux slogan antiterroriste de Georges W. Bush après le 11 septembre 2001 : « You’re either with us or against us! » C’est ce genre de réflexion assez primaire qui met le feu aux poudres.

Le droit à la dissonance

Il n’est pas question de la légitimité de l’action, mais plutôt de l’essence même de ce qu’elle revendique, soit la liberté d’expression. N’est-ce pas dommage d’en arriver là ? D’interdire à ceux qui émettent des doutes de les exprimer ? D’avoir à leur endroit des propos haineux ? N’est-ce pas là un signe de faiblesse que de musarder son voisin parce qu’il n’est pas du « bon bord » de la clôture ?

J’aime penser que dans notre société pluraliste, individus et opinions puissent se confronter en terrain pacifique. Sans créer de brèche sociale, sans pousser au malaise identitaire, sans menacer de boycotter un festival d’humour, ni un produit de consommation parce que celui qui le vend n’abonde pas dans le sens de la vague. Le mépris, la menace et l’intimidation dans le but de faire taire doivent être dénoncés.

De l’eau dans notre vin… rouge

Le temps n’est pas propice à la réflexion. Nous sommes trop dans l’urgence. L’urgence de calmer les esprits. L’urgence de régler un conflit qui n’a que trop duré et dont on a laissé le sens premier s’échapper au profit de luttes sans doute légitimes, mais trop entremêlées pour être digestes.

La liberté de parole est aussi un droit fondamental. C’est ce que je revendique. Sans carré, ni casserole. À tous ceux qui m’ont gentiment dit « Farme ta yeule », je suggère de se laver la bouche avec du savon. En tout respect bien sûr.

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