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Culture et médias

La peur rouge

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Récemment, sur mon blogue du Journal, je demandais où étaient les artistes au carré vert, ceux qui n’appuient pas la cause des étudiants. Maintenant je sais où ils sont. Ils se cachent chez eux, ne disent leur opinion que sous le couvert de l’anonymat et sont terrorisés à l’idée que leurs « camarades » découvrent ce qu’ils pensent vraiment.

LA LISTE NOIRE

Au cours des derniers jours, j’ai rencontré deux artistes réputés, de très grosses pointures dans leur domaine, de grands noms reconnus par leurs pairs. Les deux sont contre le boycott étudiant et trouvent que les manifs sont complètement démesurées. Ils ont trouvé odieuses les images de profs et de parents huant les étudiants qui voulaient aller en cours munis d’une injonction.

« Pourquoi vous ne le dites pas publiquement ? », leur ai-je demandé. « Ce serait suicidaire. Si je m’affiche contre le mouvement étudiant, je vais être mis au ban par tous les gens de mon milieu », m’a répondu le premier. « J’avais écrit une longue lettre ouverte aux journaux où je disais le fond de ma pensée. À la toute dernière minute, j’ai décidé de ne pas l’envoyer. Je savais que si je la publiais, je ne pourrais plus jamais travailler au Québec après ça », m’a dit le deuxième. Et ils m’ont tous les deux fait promettre de ne jamais, jamais révéler leur nom.

ÉCHOS D’HOLLYWOOD

Ça ne vous rappelle pas quelque chose ? Aux pires heures du Maccarthysme aux États-Unis, dans les années 50, les artistes du milieu du cinéma soupçonnés de sympathies communistes étaient inscrits sur une liste noire. Il y a eu dix-neuf personnalités d‘Hollywood (des acteurs, des scénaristes, des producteurs) qui ont été convoquées par la Commission sur les activités anti-américaines. Dix d’entre eux ont finalement été entendus, les Dix d’Hollywood.

Savez-vous comment on a surnommé cette période sombre de l’histoire américaine ? The Red Scare : la peur rouge.

Au début, j’ai trouvé que mes deux amis artistes étaient un peu pissous. « Voyons, on vit dans un pays libre, vous n’allez pas perdre votre boulot si vous dites que vous n’êtes pas d’accord avec la vague rouge, Xavier Dolan ne va pas vous boycotter pour son prochain film si vous ne pensez pas comme lui ».

Et puis je suis allée faire un petit tour sur Twitter. J’ai vu que Gilbert Rozon était plus que jamais la cible des internautes qui l’insultent et le menacent. Il se fait carrément lyncher sur la place publique. Et ce n’est pas beau à voir.

Là j’ai compris que mes amis artistes verts avaient raison d’avoir peur. Ce qui se passe en ce moment ressemble de plus en plus à une chasse aux sorcières. À quand une convocation à la « Commission sur les activités anti-étudiantes » ?

LE CARRÉ NOIR

Il y a le carré rouge (pour le boycott), le carré vert (pour la hausse des frais de scolarité), le carré jaune (pour une augmentation progressive des frais de scolarité), le carré blanc (pour le moratoire), le carré brun (pour ceux qui en ont plein le c.. de la crise).

Moi, à partir d’aujourd’hui, je porte le carré noir. Pour ceux qui sont en deuil d’un Québec où on peut dire ce qu’on pense sans craindre de perdre sa job ou son entreprise.

 

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