La refonte de l’assurance-emploi par le gouvernement Harper pour forcer des chômeurs à accepter un salaire jusqu’à 30% inférieur à celui de leur emploi antérieur et jusqu’à une heure de leur domicile, poussera des travailleurs vers l’aide sociale.
Les travailleurs les plus touchés sont ceux qui occupent des emplois saisonniers : travaux routiers, agriculture, foresterie, pêches, industrie touristique, etc. Vingt-six pour cent des demandes d’assurance-emploi viennent de travailleurs saisonniers et 30 % de ceux-ci sont québécois. Les cotisations des employeurs à l’assurance-emploi représentent 1,4 fois celles des salariés.
Les associations patronales dénoncent depuis des décennies le détournement de la mission initiale de «l’assurance-chômage», pour assurer aux travailleurs saisonniers un revenu supérieur à l’aide sociale pendant les mois creux pour ces derniers, plutôt que d’avoir créé ouvertement un programme spécial à leur intention, pour lequel les adhérents auraient acquitté une cotisation supplémentaire.
L’assurance-emploi, le mot le dit, est une assurance qui devait garantir un revenu minimum aux travailleurs entre deux emplois. Le travailleur saisonnier en est un dont l’emploi est concentré sur un nombre pré-déterminé de mois. Il n’est pas entre deux emplois différents. Le travailleur saisonnier est aussi un chômeur saisonnier.
Il est aussi frustrant de constater que de nombreuses entreprises doivent importer de la main d’œuvre pour combler des emplois sur lesquels des Québécois prestataires de l’assurance-emploi ou de l’aide sociale, lèvent le nez. Il s’agit toutefois d’un problème différent qui découle le plus souvent d’une trop faible rémunération pour des travaux pénibles.
Le problème des régions
Le travail saisonnier est fortement concentré dans les régions, là où les déplacements sont coûteux : les distances sont grandes et les transports en commun à peu près inexistants. Forcer un prestataire de l’asssurance-emploi qui gagnait 15 $/l’heure à accepter un emploi à une heure de chez-lui, à 70 % de son salaire précédent, est un désincitatif au marché du travail. Son taux horaire chuterait à 10,50 $/l’heure, soit à peine au-dessus du salaire minimum (9,90 $) et il devrait défrayer son transport pour parcourir des dizaines de kilomètres.
La tentation sera forte d’opter alors pour l’aide sociale et la réinsertion en milieu de travail sera ensuite plus difficile.
D’autre part, la modification à l’étude suppose que des emplois sont disponibles dans la région. Des grandes régions comme la Gaspésie au Québec et dans les Maritimes, souffrent d’un chômage endémique. Les emplois non comblés, pour lesquels des compétences particulières ne sont pas exigées, sont très peu nombreux.
Mises à pied massives
Un autre volet sensible de la réforme sur la table est celui des victimes de mises à pied massives à la suite de fermetures d’usines.
Ces travailleurs de longue date ont parfois effectué les mêmes tâches pendant des décennies et ils sont nombreux à avoir franchi le cap de la cinquantaine. Leur employabilité est réduite en raison de leur méconnaissance des nouvelles technologies et d’une capacité physique devenue moindre. Après avoir cotisé pendant des décennies à l’assurance-emploi, souvent sans jamais avoir touché des prestations, ces personnes ne méritent pas d’être traitées come du bétail récalcitrant. Il faut plutôt tout faire pour les aider à accroître leur employabilité.
Le gouvernement Charest s’est impliqué dans plusieurs dossiers fédéraux, au nom des intérêts des Québécois, invoquait-il chaque fois. La réforme annoncée de l’assurance-emploi nécessite qu’il se porte à la défense des travailleurs québécois qui seront malmenés.