Hier après-midi, j’ai téléchargé un livre cochon.
J’ai pris ma tablette numérique, j’ai accédé à mon compte, et pour 34,56 $ j’ai téléchargé trois bouquins qui parlent de BDSM (bondage, discipline, dominance et soumission).
Mais je vous rassure, ce n’était pas pour mon plaisir personnel : c’était de la recherche pour ma chronique. Sérieux.
Je voulais parler en toute connaissance de cause du phénomène de l’heure, la trilogie 50 Shades of Grey, de E.L. James. C’est LE best-seller qui est en train de révolutionner le monde de l’édition. Ce sont des livres très excitants. Mais pas pour les raisons que vous pensez.
Résultat, des millions de femmes peuvent assouvir leurs fantasmes… en toute discrétion
OH OUI, ENCORE !
En seulement six semaines, les livres se sont vendus à 10 millions d’exemplaires. Selon le New York Times, c’est un des plus gros vendeurs de l’histoire moderne de l’édition. Les droits ont été vendus dans 37 pays. Les droits d’adaptation pour le cinéma ont été achetés en mars.
On est face à un phénomène aussi énorme que Harry Potter ou Twilight. Mais au lieu de vampires ou de sorciers, on a affaire à une jeune étudiante qui aime se faire prendre dans toutes les positions par un jeune homme d’affaires milliardaire qui est beau comme un dieu et qui possède un outil érectile très efficace.
Les livres ont été écrits par E.L. James, une ancienne productrice télé britannique, mère de deux enfants.
MARKETING VIRAL
Et pourquoi est-ce que tout le monde parle de 50 Shades of Grey ? Parce que c’est un exemple parfait de Livre 2.0, qui est né sur Internet et qui doit son succès aux tablettes numériques et aux médias sociaux.
Le livre de E.L. James a d’abord été publié sur son site Web. Puis elle l’a fait éditer par un éditeur virtuel qui n’existe que sur le Web. (Les droits ont ensuite été vendus à Vintage Books). Le bouquin a obtenu d’excellentes critiques sur les sites de lecteurs en ligne comme Goodreads (qui sont bien plus populaires que les critiques de livres dans les médias traditionnels).
Et puis 50 Shades of Grey doit une immense partie de son succès aux tablettes électroniques. Une femme hésitera à aller à la librairie acheter un livre érotique. Mais dans le confort de son foyer, elle peut se payer ce qui l’intéresse. En plus, quand on trimballe une tablette numérique, nos voisins dans le métro n’ont aucune idée de ce qu’on lit. Résultat, des millions de femmes peuvent assouvir leurs fantasmes… en toute discrétion.
D’ailleurs, aux USA, plusieurs parlent de 50 Shades of Grey comme de la Mommy Porn (la porno des mères de famille) parce qu’il est très populaire auprès des femmes de plus de 30 ans.
Enfin, les médias sociaux ont joué un rôle déterminant dans le succès de la trilogie. La maison d’édition a multiplié les concours et les promotions pour faire connaître 50 Shades of Grey. Un bel exemple de marketing viral.
HARLEQUIN XXX
Le seul problème, c’est que 50 Shades of Grey, c’est kétaine, gnangnan, et cucu. Le livre fait penser à Histoire d’O… à l’eau de rose. C’est comme des romans Harlequin parsemés de scènes de sexe un peu olé olé qui semblent avoir été écrits par une ado en mal de sensations fortes.
Je me demande si je peux me faire rembourser mon 34,56 $ ?
LE PHÉNOMÈNE 50 SHADES OF GREY
|
LE SLOGAN : romantisme, suspense, érotisme.
LA TRILOGIE : la série consiste en trois livres, 50 Shades of Grey, 50 Shades Darker et 50 Shades Freed
L’HISTOIRE : l’étudiante en littérature Anastasia Steele va interviewer Christian Grey, un jeune et bel homme d’affaires milliardaire, pour le journal étudiant. Ils tombent sous le charme l’un de l’autre et développent une relation érotique torride. Anastasia se soumet entièrement au désir de contrôle absolu de son nouvel amant dans sa « chambre rouge de la douleur ».
L’AUTEURE : E. L. James, mère de deux enfants, banlieusarde, a écrit les trois livres en l’espace de deux ans. Elle affirme être très surprise par l’ampleur du phénomène et le succès gigantesque de sa trilogie. Mais dans les rares entrevues qu’elle accorde, elle apparaît très prude et réservée. « Ce que j’ai mis dans ce livre, ce sont mes fantasmes », a-t-elle déclaré à NBC. « Les femmes ont plein de fantasmes, mais dans la vraie vie, elles veulent un homme qui fait la vaisselle. » En avril 2012, E.L. James a été choisie par le magazine TIME pour sa liste des « 100 personnes les plus influentes au monde ».
LE FILM : les droits pour l’adaptation au cinéma ont été acquis, en mars, par Universal Pictures. Les spéculations vont bon train aux États-Unis quant à savoir qui pourrait jouer les rôles d’Anastasia et Christian. Personnellement, je verrais bien Karine Vanasse dans le rôle de la jeune étudiante en littérature, elle qui a su séduire les Américains avec son rôle d’hôtesse de l’air délurée dans Pan Am. Et pour le rôle masculin, les paris sont ouverts.
L’OPINION DES FEMMES : lors d’une émission du Dr Oz, le protégé d’Oprah Winfrey, la plupart des femmes dans l’assistance qui avaient lu les livres ont avoué que cela avait modifié (positivement) leur vie sexuelle à l’intérieur de leur couple.
|