Quand il est rentré du boulot hier soir, le porte-parole d'Intact Assurance, Alexandre Royer, avait une bien mauvaise nouvelle à sa résidence de Longueuil: un dégât d'eau dans son sous-sol, cadeau humide laissé par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région de Montréal.
« C'est beaucoup moins grave que des cas vus hier, mais quand même, j'étais content d'avoir augmenté le montant d'assurance quelques mois plus tôt », dit l'employé de la plus grosse compagnie d'assurance au Québec.
Plus gros qu'Irène
« Ce matin, les appels de clients entraient à coups de centaines. C'est environ 10 fois le volume habituel », dit M. Boyer, qui ne pouvait encore chiffrer la chose en après-midi hier.
Chez Desjardins, deuxième assureur en importance, on estimait avoir reçu plus de 1 000 demandes de réclamations.
« L'événement pourrait même dépasser l'envergure de la tempête Irène l'an passé », estime Caroline Phémius, conseillère chez Desjardins.
Selon Desjardins, les réclamations moyennes oscilleront entre 5 000 $ et 10 000 $. Ce sont des dizaines de millions de dollars que vont débourser les assureurs habitation et auto pour ces deux averses aussi courtes qu'intenses
Pas couverts...
Les pluies diluviennes sont des événements naturels - souvent appelés «Act of God» - qui peuvent être couverts par un assureur. Pour ce faire, il faut ajouter une protection supplémentaire à l'assurance de base, qu'on appelle un avenant.
« Dans nos clients résidentiels, environ 85 % prennent cette protection », précise Mme Phémius. Sur les contrats d'assurance, l'avenant porte le nom de «dégâts d'eau (eau du sol) ».
Les pluies diluviennes d'hier ne doivent pas être confondus avec d'autres dégâts d'eau, comme le débordement de la rivière Richelieu en 2011, qui lui n'est pas couvert par les assureurs.
... ou pas assez couverts
Même les résidents qui ont ajouté cet avenant peuvent payer une lourde facture.
« Lorsqu'il est question de dégâts des eaux, les gens sont sous assurés », déplore Caroline Phémius.
Un sous-sol fini peut aisément coûter 25 000 $ pour être remis à son état d'origine. Pour épargner, plusieurs rognent sur le montant à assurer « et s'en mordent les pouces quand un événement du genre survient », dit Jack Chadirdjian, directeur des affaires publiques au Bureau d'assurance du Canada (BAC).
Par exemple, on prend l'avenant minimum de 10 000 $, qui coûte un supplément d'environ 100 $ par an, en sachant qu'il faudrait débourser 25 000 $ pour la remise à neuf.
Dégâts en hausse
Depuis une dizaine d'années, le nombre de réclamations pour un dégât d'eau est en hausse, soutient Jack Chadirdjian. La faute aux changements climatiques, mais aussi aux changements d'habitudes des Québécois, nombreux à transformer leur vieille cave en sous-sol aménagé.
« Les Québécois font pour environ 500 millions de dollars de réclamations par an pour un dégât d'eau comparativement à environ 300 millions il y a une dizaine d'années, dit M. Chadirdjian, du BAC. Les dégâts d'eau représentent aujourd'hui la moitié de l'ensemble des réclamations en assurance habitation. »
Le Bureau estime que 60 % de ces sinistres sont la faute des villes, dont les vieux systèmes d'égout non modernisés ou mal entretenus n'arrivent pas à évacuer correctement les grosses pluies, créant les refoulements dans les maisons.
« Cela dit, les pluies diluviennes d'hier étaient vraiment exceptionnelles précise le porte-parole du BAC. Je ne suis pas ingénieur, mais même avec un réseau en parfait état, on ne serait probablement pas arrivé à évacuer toute cette eau soudaine. »