Sexe, violence et politique, l'affaire Magnotta épouse tous les clichés du film gore.
La police de Montréal confirme qu'une vidéo du présumé tueur circule actuellement sur le web. Le porte-parole Ian Lafrenière a qualifié d'«horribles» les images qui ont déjà fait le tour du monde, notamment relayées sur Facebook et Twitter.
On peut y voir un individu démembrer sa victime, ligotée à un lit, au couteau et à la fourchette. Le tortionnaire enchaîne également une suite de positions sexuelles au son de la pièce True Faith de New Order, la chanson d'ouverture du film American Psycho.
Le sociologue André Mondoux fait un lien entre les macabres incidents et la société individualiste d'aujourd'hui : «Nous vivons dans une société dominée par le “je”. On recherche l'égo, le désir et les pulsions. Quand plus rien ne s'oppose à ces pulsions, cela peut nous amener dans des zones sombres de la psyché humaine.»
Selon M. Mondoux, le cas de Luka Magnotta est symptomatique d'une société qui refuse toute autorité morale, religieuse ou disciplinaire. «Poussé à l'extrême, l'hyperindividualisme ouvre la voie à des individus qui déraillent et qui ne se livrent qu'à eux-mêmes. Les frontières entre l'imagination et la réalité deviennent parfois minces», explique-t-il.
À ceux qui se demandent pourquoi des milliers d'internautes ont visionné la sordide vidéo du tueur, le sociologue répond que les gens ont ainsi l'impression de pouvoir vivre l'événement : «Aujourd'hui, avec l'hyperindividualisme, l'individu veut voir les faits bruts, avoir un contact direct avec la réalité. Se faire raconter un événement ne suffit plus, il faut le vivre.»
Un feu de prairie
Malgré l'appel lancé par la police de Montréal pour faire retirer la vidéo du web, celle-ci est toujours hébergée sur des dizaines de sites. «Dans le jeu des connexions multiples, un contenu peut se propager comme un feu de prairie, au point d'être impossible à éradiquer», souligne André Mondoux.
La diffusion à large échelle de la vidéo échappe aux autorités policières et aux juridictions nationales, ce qui rend le phénomène très difficile à juguler.
«Le web est un espace transnational impossible à réguler. Cela pose la question d'une police d'Internet. En voulons-nous vraiment une?», se questionne le sociologue.
Selon les autorités policières, Luka Rocco Magnotta était omniprésent sur la toile. Outre la vidéo diffusée, on retrouve plusieurs pages Facebook au nom du suspect. Autant de traces qui serviront aux enquêteurs qui le pourchassent actuellement.