Le Montréalais Luka Rocco Magnotta a annoncé son crime horrible il y a six mois, dans un troublant courriel qu'il a envoyé au quotidien londonien The Sun.
« N'ayez crainte, vous allez entendre parler de moi dans un avenir rapproché. Cette fois, les victimes ne seront pas de petits animaux. (…) Une fois que vous avez tué et goûté au sang, c'est impossible d'arrêter. Cette envie irrésistible est trop forte pour ne pas continuer », écrivait l'acteur porno à la salle de rédaction de ce populaire journal, le 10 décembre dernier, en précisant que sa prochaine vidéo montrerait « des humains ».
Dans les jours précédents, des journalistes du Sun s'étaient intéressés à deux vidéos qui ont fait scandale parmi les internautes en Angleterre et contribué à bâtir la triste célébrité virtuelle du Canadien de 29 ans. Dans ces vidéos, Magnotta se serait filmé en train de tuer deux chatons par asphyxie, en plus de livrer un autre chaton en pâture à un énorme python. Les journalistes avaient réussi à retracer Magnotta, qui vivait alors à Wembley, et l'avaient confronté. Ce dernier avait nié en être l'auteur, tout en se disant victime de harcèlement des médias et sur Internet.
« Je gagne toujours… »
Mais le 10 décembre, il écrivait un courriel au Sun, en le signant du pseudonyme John Kilbride, soit le nom d'un des cinq enfants qui furent victimes des tueurs en série britanniques Ian Brady et Myra Hindley, au cours des années 60. Les journalistes ont vite fait le lien avec Magnotta, puisque dans l'un des vidéos montrant la fin cruelle de chatons, on entend la chanson « L'enfant au tambour »: la même que faisait jouer Ian Brady lorsqu'il a tué une autre jeune victime, Lesley Ann Downey.
Le journal avait alors alerté les autorités policières de Scotland Yard, qui ont ouvert une enquête. Les policiers ont ensuite abandonné l'affaire, faute de juridiction, lorsqu'ils ont découvert que le fameux courriel du 10 décembre avait été expédié d'un ordinateur situé dans les Pays-Bas et que les vidéos dégoûtantes avaient été mises en ligne sur Internet à partir de l'Amérique du Nord. Magnotta vivait apparemment à Toronto, à l'époque, mais il voyageait souvent en Europe.
Dans son courriel au Sun, Magnotta se targue notamment que personne « ne peut l'attraper » et qu'il en retire beaucoup de plaisir. « Je gagne toujours », a-t-il écrit.
Victime identifiée
Le Service de police de la Ville de Montréal croit d'ailleurs que Luka Rocco Magnotta – dont le vrai nom serait Eric Clinton Newman et qui utilise aussi le pseudonyme Vladimir Romanov – a fui le Québec en direction de la France, en fin de semaine dernière. Depuis jeudi, le fugitif est activement recherché dans 190 pays en vertu d'une alerte lancée par Interpol. La nouvelle a rapidement fait boule de neige en France, mais aussi dans plusieurs pays en Europe.
Le 25 mai, Magnotta aurait poignardé, démembré et décapité un ressortissant asiatique dans son minuscule appartement du boulevard Décarie, dans le secteur Côte-des-Neiges. Il aurait également filmé son crime – ainsi que les gestes sexuels qu'il a commis sur le cadavre, les images étant accompagnées d'une chanson du groupe New Order qui jouait dans l'adaptation cinématographique du roman « American Psycho » - et mis en ligne une vidéo insoutenable de 10 minutes qui a causé une commotion sur Internet.
Vendredi matin, le SPVM a confirmé l'identité de la victime. Il s'agit de Jun Lin, 32 ans, qui étudiait à l'université Concordia. Sa disparition avait été signalée à la police par un proche, le 29 mai. Il avait été vu vivant pour la dernière fois le 24 mai.
Le tronc de la victime a été trouvé dans une valise mise aux ordures, mardi, soit le même jour où la police d'Ottawa récupérait un pied et une main qui avaient été envoyés par la poste, notamment au bureau du Parti conservateur dans la capitale nationale.
La version intégrale du courriel:
De John Kilbride
« Bon, je dois maintenant vous dire au revoir mais n'ayez crainte, vous allez entendre parler de moi dans un avenir rapproché. Cette fois, les victimes ne seront pas de petits animaux. Je vous ferai cependant parvenir une copie de la nouvelle vidéo que je réaliserai.
« Voyez vous, tuer, ce n'est pas comme fumer… On peut arrêter de fumer. Une fois que vous avez tué et goûté au sang, c'est impossible d'arrêter. L'envie irrésistible est trop forte pour ne pas continuer.
« Vous avez des journalistes très sexys à votre journal. (Dont un qui me plaît beaucoup. Il est très sexy).
« Mon plaisir dans tout ça, c'est de voir des millions de personnes se fâcher et devenir frustrées parce qu'ils ne peuvent pas m'attraper. C'est pourquoi j'adore ça. J'aime le facteur de risque. C'est tellement le fun de voir les gens recueillir autant d'éléments de preuve sans être capables de m'identifier et de m'attraper.
« (Vous voyez, je gagne toujours. J'ai toujours la carte maîtresse dans mon jeu. Et je vais continuer à faire des films. Londres est magnifique parce que tout le monde y est si stupide.)
« C'est facile. Je dois disparaître pour un bout de temps, jusqu'à ce que les gens m'oublient… Mais la prochaine fois que vous entendrez parler de moi, ce sera dans un film que je produirai moi-même, dans lequel on verra des êtres humains, pas juste des chatons.
« Les choses que j'ai vues et les choses que j'ai faites, vous ne pouvez que les imaginez…
« C'était le fun de me payer votre tête, alors Joyeux Noël et Bonne Année. Je sais que c'en sera une bonne pour moi.
« C'est génial de m'en sortir comme ça. »
Bien à vous
(Vraiment?)