La vie discrète et simple de Jun Lin n’aurait jamais pu laisser présager que l’étudiant chinois deviendrait la victime de l’un des meurtres les plus abjects et médiatisés de l’histoire du Canada.
« Cela me paraît incroyable. C’est comme un film. Pour lui, la vie était simple et pas compliquée. Elle se résumait à deux mots : étudier et travailler », déplore Kankam Huang.
Ce dernier a embauché Jun Lin dans son dépanneur, en août 2011. « Il est entré. Nous sommes Chinois tous les deux et nous avons discuté. Il m’a dit qu’il se cherchait du travail. Je cherchais un caissier. Alors je l’ai embauché », raconte simplement le commerçant.
Employé modèle
Jun Lin travaillait au dépanneur de la rue Wellington à raison de dix heures par semaine car il était étudiant à temps plein au premier cycle à la Faculté de génie et de science informatique de l’Université Concordia.
Kankam Huang décrit son employé comme une personne discrète qui ne parlait jamais de sa vie personnelle ou de son pays.
Jun Lin était toujours souriant, responsable et fiable. « Il était toujours à l’heure et ne partait jamais plus tôt », dit M. Huang.
Mais, le 25 mai, le caissier n’est pas rentré au travail, comme prévu.
« J’ai fait un changement d’horaire durant la semaine alors j’ai pensé qu’il avait oublié et je n’en ai pas fait de cas », dit M. Huang.
Mais, jeudi soir, les enquêteurs se sont rendus dans son commerce pour lui parler de la disparition de son employé. Ils ne lui ont pas dit que Jun Lin avait été tué.
« Je l’ai su en lisant les nouvelles sur Internet, hier. J’ai appris la façon dont il a été tué. C’est impensable. Je suis très triste ».
Identité dévoilée
Ce n’est en effet qu’hier matin que la police de Montréal a dévoilé l’identité de la victime, après que le consulat de la République populaire de Chine eut confirmé à des journalistes le nom de Jun Lin. Il était arrivé au Canada en tant qu’étudiant étranger, en juillet 2011.
« Il n’a pas de famille à Montréal. C’est par l’ambassade chinoise qu’on a réussi à joindre sa famille. Ç’a été une nouvelle horrible, atroce pour elle », a déclaré le commandant Ian Lafrenière de la police de Montréal.
Lin et Magnotta ont déjà été amants selon des sources policières. L’état d’isolement de la victime pourrait avoir joué dans la balance du scénario tordu imaginé par le tueur.
« L’assassin a commis ce crime horrible et odieux en employant des méthodes exceptionnellement cruelles avec des impacts extrêmement pernicieux. Nous sommes profondément bouleversés et nous condamnons fermement cet acte criminel », a affirmé le consulat chinois, dans un communiqué, invitant ses ressortissant à la prudence.
À l’Université Concordia, la nouvelle de la mort violente d’un étudiant a semé l’émoi même si Jun Lin, qui se faisait aussi appeler Patrick, n’était pas très connu.
« Les étudiants de Concordia seront sans doute choqués, perturbés et tristes d’apprendre qu’un des leurs a connu une fin si tragique. Je ne peux imaginer le calvaire que doit vivre sa famille en Chine », a dit Lucia Gallardo, vice-présidente académique de l’Union des étudiants de Concordia et elle-même étudiante étrangère.
Condoléances
La direction de l’institution a publié un communiqué, hier matin, à l’attention de tous ses étudiants et membres du personnel dans lequel Frederick Lowry, président et vice-chancelier de l’université, a transmis ses condoléances à la famille et aux amis de Lin.
Une ligne téléphonique pour joindre les services psychologiques de l’université a aussi été créée à l’attention des étudiants.
Selon son employeur, Jun Lin a déménagé il y a environ un mois ou deux. Auparavant, il a vécu dans le logement d’un immeuble de la rue Saint-Mathieu situé tout près de la station Concordia qu’il louait vraisemblablement en sous-location avec d’autres colocataires.
Avec la collaboration d’Éric Thibault, Mélanie Colleu et Philippe Bourdon.