Au moment où plusieurs politiciens et gens d’affaires implorent les étudiants d’arrêter leurs manifestations pour sauver l’économie montréalaise, Loco Locass persiste et signe. Chafiik et Batlam et Biz réitèrent leur confiance envers les grévistes, écorchant tous ceux qui essaient de les museler.
« Les jeunes, on les considère comme des gens intelligents et créatifs. On n’a pas peur d’eux, dit Biz. Et curieusement, ils achètent notre musique, pis ils viennent à nos shows. Les gens vont t’écœurer en fonction de la manière dont tu les traites. Traite-les avec respect, essaie de t’intéresser à eux, pis ils ne viendront pas te faire chier. »
En entrevue au Journal de Montréal, en marge du lancement de leur troisième album, Le Québec est mort, vive le Québec (en magasin le 12 juin), Biz, Batlam et Chafiik ne mâchent pas leurs mots pour parler des personnalités qui qualifient les manifestations de « menaces à l’économie ».
Le trio n’est pas tendre envers le fondateur du Festival Juste pour rire, Gilbert Rozon, qui craint que toute forme d’intimidation et de violence nuisent aux activités estivales de Montréal.
« Quand je suis dans la rue avec mes casseroles, les enfants courent pour se joindre à nous. Il n’y a rien de plus joyeux et touristique ! Pis Rozon pense que les touristes vont avoir peur de ça ? C’est incroyable ! »
« M. Rozon croit que lui seul peut barrer des rues pis se promener avec des masques à Montréal », poursuit Biz.
Le groupe ne porte visiblement pas Gilbert Rozon dans son cœur, même si celui-ci tente d’installer un dialogue avec les leaders des associations étudiantes. Dimanche, le Journal révélait que le président du Festival Juste pour rire les avait convoqués à une rencontre, histoire d’ouvrir le dialogue.
« Gilbert Rozon se plaint que les manifestants vont tout gâcher, mais c’est faux ! » lance Chafiik.
Le Grand Prix dans la mire
Dans leur tirade, les membres de Loco Locass n’épargnent pas les organisateurs du Grand Prix de Formule 1, qui ont choisi d’annuler la journée portes ouvertes « compte tenu des annonces de perturbation récemment formulées ».
« C’est un spin honteux ! clame Batlam. À cause du gouvernement Charest, ça fait presque 150 jours que les étudiants sont en grève. Il n’a pas voulu les écouter. Le fautif dans toute cette histoire, c’est lui ! »
« J’ai lu une phrase sur Twitter qui résumait bien l’affaire : « Tu sais qu’une société est malade quand l’éducation est rendue une marchandise et le Grand Prix, un projet de société. » C’est là qu’on est rendu. C’est grave », ajoute Biz.
Bienvenue aux casseroles !
Les rappeurs insistent : les casseroles seront les bienvenues à leur concert du 15 juin prochain, aux FrancoFolies de Montréal. Le trio doit s’y produire en plein air, sur la place des Festivals.
« On veut que la manifestation de casseroles s’arrête devant notre spectacle, déclare Chafiik. Tous nos spectacles sont des manifs anyway. Amenez-les vos casseroles, osti. Tant mieux ! »
Le trio n’hésite pas à tracer un parallèle entre le printemps érable et les manifestations françaises de mai 1968. Considérée par plusieurs observateurs comme le plus grand mouvement social de l’histoire de l’Hexagone, cette révolte avait été amorcée par la jeunesse étudiante parisienne.
« À tous ceux qui pensent que les étudiants sont en train de ternir la réputation de Montréal à l’international : Pensez-vous que Paris est devenue une ville finie après mai 1968 ? Bien sûr que non ! » indique Chafiik.
« Pour une des rares fois dans l’histoire du Québec, la population parle de sa propre voix, sans passer par les journaux ou les ambassades canadiennes. Elle prend son destin dans ses propres mains », conclut Batlam.
• Loco Locass en concert extérieur sur la place des festivals, le vendredi 15 juin.