À l’approche de leur fin de bail, plusieurs locataires en profitent pour s’éclipser afin de ne pas payer leur dernier mois de loyer. Et certains laissent le logis qu’ils désertent en catastrophe dans un état pitoyable.
Rendus à la mi-juin, jusqu’à 15 % des locataires n’auraient d’ailleurs toujours pas payé leur dû pour le mois en cours, selon un sondage réalisé l’an dernier par la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) auprès de 1 542 proprios.
Et à la fin du bail, plus du tiers des logements seraient laissés dans un mauvais état, selon la même enquête. Carmelino Vizza, un propriétaire de Montréal-Nord, vient de goûter à cette médecine ces derniers jours. Et deux fois plutôt qu’une.
En plus de perdre des mois de loyer, il estime qu’il lui faudra maintenant investir plus de 7000 $ pour désinfecter et rénover un logement laissé à l’abandon par ses locataires partis sans payer.
Le Journal l’a accompagné, cette semaine, alors qu’il faisait l’inventaire des dégâts. Premier constat : l'odeur devient carrément insoutenable à la seconde même où on ouvre la porte du logement no 5. Comme si un poisson avait pourri des semaines dans la pile de vêtements qui jonchent le sol.
« Et les fenêtres sont ouvertes depuis 24 heures, c’était bien pire, hier », souffle Carmelino Vizza, qui détient depuis 20 ans ce plex de sept logements de la rue Hébert.
Insalubre
C'est un voisin qui l’a contacté, lundi, pour se plaindre des odeurs nauséabondes dans les escaliers.
Les locataires de ce quatre pièces et demi – un couple avec une enfant et sa grand-mère – ont déguerpi, il y a plusieurs jours, en laissant le logement dans un état de décrépitude avancé. L'électricité avait été coupée depuis le 22 mai, dit le propriétaire.
La porte d'une des deux chambres est défoncée, des murs doivent être refaits, des traînées sur le sol laissent penser que le frigo déménagé a laissé échapper ces liquides nauséabonds. Des coulisses de gras ici et là témoignent aussi d'une absence de nettoyage.
Sans compter les biens abandonnés un peu partout : jouets, vêtements, matelas et nourriture.
Des mois de travaux
« Le dernier mois impayé, je peux vivre avec ça, ce n'est pas un drame, dit M. Vizza. Le problème, c'est que ça va me prendre deux ou trois mois pour faire nettoyer et réparer le logement. Je ne pourrai pas le louer avant septembre. »
C'est la deuxième fois en un an que Carmelino Vizza fait face à un pareil bordel. L'an dernier, des locataires faisaient régulièrement leur lessive dans le lavabo de la cuisine en laissant l'eau ruisseler dans le sous-sol de l'immeuble. Il dit en avoir eu pour environ 10 000 $ de travaux, un problème que son assureur a refusé de rembourser. « Cette fois-ci, je ne l'appelle même pas », râle-t-il.
Pas un cas isolé
« Oui, il y a des proprios qui se foutent de la santé des humains qui vivent dans leurs logements, mais on trouve aussi des locataires dégueulasses », constate Hans Brouillette, de la CORPIQ.