Les agents correctionnels de la prison de Rivière-des-Prairies se préparent déjà à l’éventualité d’accueillir Luka Rocco Magnotta, sachant que le « démembreur » risque d’être une cible « qu’il faudra surveiller étroitement ».
« Le problème sera de déterminer où ils vont le mettre. Il ne voudra pas avoir de co-chambreur et je ne voudrais pas être dans la même cellule que lui », a mentionné Stéphane Lemaire, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, hier.
Il est « certain » que Magnotta, qui ne pèse que 134 livres, se retrouvera en isolement dans un secteur de « protection » pour assurer sa sécurité.
C’est d’ailleurs le cas en Allemagne, où il attend son extradition au Canada depuis qu’il a été arrêté, le 4 juin, après sa cavale de dix jours, suivant le meurtre du ressortissant chinois Jun Lin et l’outrage de son cadavre. Un crime qu’il aurait filmé et mis en ligne sur Internet, en plus d’avoir expédié les pieds et les mains de la victime par la poste, à Ottawa et possiblement à Vancouver.
Prison appropriée
D’après M. Lemaire, le centre de détention de Rivière-des-Prairies apparaît comme étant « le plus approprié » pour garder Magnotta, dont le procès se tiendra à Montréal.
« On va l’avoir pour longtemps dans le réseau carcéral provincial, puisque ça peut prendre quelques années avant qu’il soit jugé, a-t-il dit au Journal. C’est sûr qu’on devra le surveiller étroitement, en raison des crimes horribles dont il va être accusé et de leur médiatisation. Nos agents auront sûrement des recommandations à faire aux autorités. »
Comme Paul Bernardo
Selon le criminologue Jean-Claude Bernheim, Magnotta aura plus à craindre des autres détenus que l’inverse. Les autorités carcérales québécoises devraient même traiter le cas du présumé assassin de façon « similaire » à celle du tueur en série Paul Bernardo.
« Ces détenus-là doivent absolument être isolés du reste de la population carcérale, qui réagit un peu de la même façon que le public face à de tels crimes, avec indignation, révolte et rejet. Ça peut devenir un casse-tête à gérer quand le secteur d’isolement en surpopulation. Ce serait une mauvaise idée de le placer en double occupation dans une cellule », a fait valoir M. Bernheim, président de l’Office des droits des détenus.
Magnotta, un acteur porno avide de visibilité sur Internet, devra aussi s’habituer à la solitude, advenant sa condamnation.
« S’il est reconnu criminellement responsable, il est plus que probable qu’il soit détenu dans un secteur de protection à Port-Cartier », a-t-il dit, en référence au pénitencier nord-côtois où l’on garde des criminels ayant un profil de déviant sexuel.
Stéphane Lemaire a rappelé que Magnotta devra d’abord être évalué pour déterminer s’il représente un risque suicidaire. En janvier, deux détenus en attente de leur procès — Paul Laplante, accusé du meurtre de sa femme, Diane Grégoire, et Kathrine Dufresne, inculpée du meurtre de sa fille adoptive — se sont suicidés avant d’être jugés, respectivement aux centres de détention de Rivière-des-Prairies et de Gatineau.