Mise en demeure, ce groupe musical engagé qui a conçu la fameuse affiche sur laquelle un Jean Charest mort gît sous les pieds d’un Amir Khadir armé ne connait pas le porte-parole de Québec solidaire.
« On l’a déjà vu lors de manifestations, mais on ne lui a jamais parlé », indique Bananarchiste, l’un des membres du groupe qui apparait bien en évidence au centre de l’affiche controversée inspirée d’une toile du peintre français Eugène Delacroix.
Bananarchiste et son compère musicien, rencontrés par le Journal, J-S le tueur, qui est représenté par le policier prosterné devant la banane sur celle-ci, ne savent pas dans quelles circonstances et depuis quand l’affiche s’est retrouvée dans la maison du député de Mercier perquisitionnée, jeudi, par les policiers qui ont arrêté sa file, Yalda.
« On ne lui a pas vendu », précisent les deux chanteurs, qui préfèrent être identifiés par des pseudonymes.
Khadir le bourgeois
Les deux préviennent également que ce n’est pas parce qu’Amir Khadir tient une place importante sur l’affiche qu’il doit être vu comme l’un de leurs chefs.
« Ce n’est pas par hasard qu’on a mis son visage sur le corps de l’homme le mieux habillé alors que les autres personnages nous paraissent comme des martyrs, Pour nous, c’est un bourgeois, un bourgeois sympathique, mais un bourgeois quand même. Ce n’est pas lui qui nous dirige. On se bat à ses côtés, c’est différent », décortique J-S le tueur.
Les deux musiciens se défendent également d’avoir voulu faire de cette illustration un hymne à la violence.
« C’est une apologie de la lutte et non de la violence. Nous croyons qu’il y a une certaine violence qui est légitime, mais qu’elle est dérisoire comparée à la répression de l’État et de la police », disent-ils.
Bananarchiste se moque de ceux qui pourraient craindre que l’affiche contienne des messages subliminaux.
« C’est n’importe quoi ! Ce n’est pas subliminal, c’est sublime », récupère-t-il.
Rien de prémonitoire
Fait à noter, l’affiche, qui est en réalité le dernier poster du groupe, a été conçue en octobre 2010, un an et demi avant qu’éclate le conflit étudiant.
« Il n’y a rien de prémonitoire là dedans. Nous ne sommes pas des devins. Il y a déjà un conflit étudiant qui existe au Québec depuis plusieurs années, mais il était moins évident qu’il l’est maintenant ».
« Il y a quelques années déjà, des amis à nous se faisaient arrêter dans des manifestations et nous faisions des shows pour amasser de l’argent pour leur caution », poursuit le musicien à la pelure jaune.
Pénurie d’affiches
Pour le groupe, qui vit difficilement, tout ce battage médiatique autour de la fameuse affiche est une publicité inespérée.
Cependant, elle n’arrive pas nécessairement à point nommé car Mise en demeure n’a plus d’affiche à vendre alors que la demande a explosé depuis la publication de l’article du Journal, mardi.
« Là, je pense qu’on va en faire imprimer d’autres », conclut Bananarchiste.