Il y aurait d’excellentes raisons d’être un peu désespéré du Québec d’aujourd’hui. Le désespoir est cependant une posture pénible quand elle devient permanente.
Je suis donc d’avis qu’il faut aérer l’atmosphère périodiquement, même s’il est vrai que l’idéologie festive à temps plein finit aussi par être agaçante.
Remarquez, pendant qu’une petite minorité se déguise en banane ou montre son zizi en public, une solide majorité mène sa vie du mieux qu’elle le peut. Et si elle veut manifester sa colère, elle choisit les urnes plutôt que la régression infantile.
Personnellement, j’ai pris la décision de traiter ce qui se passe en ce moment comme une poussée de fièvre printanière. Elle a des causes réelles et profondes, mais il faut aussi voir sa part de « kermesse » et de « carnaval », comme le disait Raymond Aron à propos de mai 1968.
Constipation
Il y a cependant des gens qui n’entendent pas à rire ou qui ont l’humour sélectif. Ma chronique de lundi a fracassé tous mes records précédents dans le double sens de la colère et de l’enthousiasme suscités, ce qui indique que j’ai frappé là où je visais.
Jadis, Rock et Belles Oreilles pouvait dépeindre le Québec comme un camp de concentration linguistique pour anglophones persécutés. Le fabuleux caricaturiste de la Gazette, Aislin, pouvait dessiner Louise Beaudoin sous les traits d’une louve SS.
Dépeindre Amir Khadir sous les traits d’un petit dictateur communiste mégalomane déplaît toutefois furieusement à des gens qui, eux, n’ont aucun problème à comparer Jean Charest à Adolf Hitler. La petite différence est que ces derniers se prennent au sérieux.
Quant aux jeunes, ils n’ont tout simplement pas reconnu la rhétorique caractéristique des régimes marxistes-léninistes d’antan, celle de Jdanov, de Vychinski, d’une Jiang Qing, que je transposais. Normal, ils n’ont rien étudié de cela.
Pourtant, Amir Khadir lui-même trouve amusant de se voir sur une barricade de juillet 1830, lors du soulèvement contre Charles X, avec un Jean Charest moribond à ses pieds.
Désolé, mais si on ne voit pas le fabuleux potentiel comique du député de Mercier, c’est qu’on souffre de constipation idéologique.
Encore
J’ai quitté la politique partisane parce que je voulais être plus souvent à la maison. Mais je réalise maintenant quelque chose que je sentais de manière diffuse à l’époque.
Le militantisme est indispensable, mais il y a souvent, dans la tournure d’esprit du militant, une sorte de rigidité morale qui me tombe sur les nerfs. Je dis rigidité, pas rigueur.
Il faut prendre la politique au sérieux sans se prendre soi-même au sérieux, ce qui est loin d’être simple.
La chronique de lundi me pose tout de même un fichu problème. Comment faire mieux la prochaine fois ? Car il y aura une prochaine fois.