Jeudi, dans La Presse, Patrick Lagacé déplorait les dérapages verbaux (insultes, menaces, exagérations grossières, comparaisons ridicules) qui sont en train d’empoisonner le Québec ces temps-ci.
Pour expliquer ce climat particulièrement toxique, il y allait d’une théorie « à cinq sous » : la dualité séparatisme-fédéralisme est en train de céder le pas à la dualité gauche-droite, et autant nous étions des experts dans le premier
débat, autant nous sommes des pee-wee dans le second.
Contrairement à la France, le Québec n’a pas une longue tradition de discussion sur les différences qui divisent la droite et la gauche. On commence à aborder le sujet et, faute d’expérience, on dérape…
En 1995, on ne s’est pas débarrassé du baril de poudre sur lequel on était assis. On l’a juste rangé dans le sous-sol. La crise étudiante est arrivée et a lancé une allumette dans la cave.
AVANCER MASQUÉ
Si vous me le permettez, je propose une autre théorie à « cinq sous ».
Le Québec s’est dit Non à deux reprises. Il a eu la chance de faire l’histoire et il ne l’a pas prise – plus par peur du changement que par amour de la fédération canadienne, il faut l’avouer.
On a eu la chienne et on a voté Non. En 1980 et en 1995. Veut, veut pas, ce genre de rendez-vous manqué laisse des marques.
Contrairement à Lagacé, je ne crois pas que la dualité Oui-Non a complètement disparu du paysage politique québécois. Je crois qu’elle existe encore, mais qu’elle a pris une autre forme. Elle avance masquée.
Regardez les gens de gauche : ils sont majoritairement souverainistes. Et les gens de droite sont majoritairement fédéralistes. Certes, il y a des exceptions, des souverainistes de droite comme Joseph Facal ou des fédéralistes de gauche comme Léo-Paul Lauzon.
Mais en gros, on pourrait dire que la ligne de partage qui divise les camps de la gauche et de la droite est la même que celle qui divisait les camps du Oui et du Non. C’est comme si on avait fermé un restaurant et qu’on en avait parti un nouveau sous un autre nom. Avec une nouvelle administration.
SORTIR TOUT CROCHE
Freud disait que les pulsions que nous balayons sous le tapis finissent toujours par se montrer de nouveau le bout du nez et par nous rebondir dans la face. Mais plus on les enfouit, plus elles sortent tout croche.
Je crois – et voilà ma théorie « à cinq sous » (roulement de tambour) – que profondément, fondamentalement, le Québec voulait se dire Oui et s’inscrire dans le flot de l’histoire. Mais qu’il n’en a pas eu le courage.
Alors on « canalise » cette énergie qui nous a longtemps portés vers une autre voie, une autre issue.
Au lieu de marcher pour « le pays », on marche contre le gouvernement en place, contre la corruption, contre la loi 78, contre la F1, contre la hausse des frais de scolarité…
Mais c’est la même pulsion, le même élan. Qui sort juste différemment. Tout croche. Violemment.
En éclaboussant tout le monde autour.
L’EXPLOSION
N’en déplaise aux fédéralistes, en 1995, on ne s’est pas débarrassé du baril de poudre sur lequel on était assis. On l’a juste rangé dans le sous-sol.
La crise étudiante est arrivée et a lancé une allumette dans la cave. Résultat : boum. !
Que pensez-vous de ma théorie « à cinq sous » ? Faites-moi part de vos réactions, j’aimerais vous entendre…