Pendant 40 ans, des enfants sourds et muets confiés aux Clercs de Saint-Viateur ont été transformés en véritables esclaves sexuels et ont subi les pires atrocités, racontent aujourd’hui les adultes qu’ils sont devenus. Ils brisent un lourd silence et préparent l’un des plus importants recours collectifs impliquant des prêtres et de jeunes handicapés.
Pendant 40 ans, des enfants sourds et muets confiés aux Clercs de Saint-Viateur ont été transformés en « Ils ont profité du fait que nous étions sourds et muets. Ils avaient le pouvoir et nous, pour ne pas être punis, on acceptait », résume tristement Daniel Cormier.
Comme plusieurs enfants sourds et muets qui ont fréquenté l’Institut Raymond-Deward entre les années 1940 et 1982, M. Cormier, aujourd’hui âgé de 60 ans, affirme avoir été maintes fois abusé sexuellement et violenté par des membres de la congrégation des Clercs de Saint-Viateur.
Ces victimes, qui n’ont jamais pu dénoncer par la parole les actes d’une cruauté inouïe, de même que les agressions sexuelles répétées qu’ils ont subies, intentent maintenant un recours collectif et réclament réparation.
La requête d’une vingtaine de pages est un tissu d’horreurs indicibles. Violence, sodomie, fellations forcées et humiliations furent pendant des années le quotidien de ces enfants entre les murs de l’institut du boulevard Saint-Laurent.
« Ces religieux-là se sont permis les pires abus que l’on puisse imaginer contre des enfants, sachant qu’ils pouvaient dormir tranquilles à cause de leur handicap. On repousse encore les frontières de l’horreur », s’indigne Carlo Tarini, directeur de l’Association des enfants victimes de prêtres.
À ce jour, 28 religieux et 6 laïcs sont identifiés pour des gestes commis contre des enfants confinés au silence. La plupart des jeunes étaient pensionnaires, certains sept jours sur sept, sauf pour les vacances d’été.
Dans la requête, l’un d’eux, Serge D’Arcy, raconte comment le frère Philippe Paquette l’a forcé à lui faire une fellation en lui prenant fermement les cheveux. Lors d’un autre incident, ce même religieux a enfoui la tête de l’enfant dans la neige afin de l’étouffer. « J’ai pensé mourir », a-t-il confié. Plusieurs autres témoignages révèlent que le frère Paquette forçait les enfants à le masturber.
La morale
Une autre victime explique avoir effroyablement souffert après avoir subi une déchirure à l’anus, conséquence d’une sodomie forcée par le religieux Gérard Barette. Un autre religieux, Jean-Marc Pépin, est dénoncé pour abus sexuels. Ironiquement, souligne-t-on dans la requête, l’homme enseignait la morale aux enfants et se mettait en colère contre ceux qui faisaient allusion à la sexualité.
Les témoignages des victimes sont rendus possibles grâce à la collaboration d’interprètes qui traduisent le langage des sourds-muets. Un aspect qui, pourrait-on croire, ajoute à la complexité de la cause; mais ce n’est pas le cas, affirme Me Robert Kugler, l’avocat des victimes.
Aucun commentaire
« Moi je trouve formidable et courageux qu’ils communiquent ainsi. La loi ne permet à personne d’abuser sexuellement d’un enfant. Les faits sont flagrants et les victimes ont une mémoire assez précise des incidents. En ce sens, ce n’est pas complexe », assure-t-il.
La congrégation des Clercs de Saint-Viateur n’a toujours pas réagi à ce recours collectif, sauf pour demander que ne soient pas divulgués les noms des religieux visés, ce qui a été refusé par la juge Eva Petras. Joint par le Journal, le frère Benoît Tremblay, membre des Clercs de Saint-Viateur, ne souhaite faire aucun commentaire. « Nous allons peut-être réagir plus tard, nous sommes à étudier la requête, ça vient de nous tomber dessus », a-t-il brièvement répondu.véritables esclaves sexuels et ont subi les pires atrocités, racontent aujourd’hui les adultes qu’ils sont devenus. Ils brisent un lourd silence et préparent l’un des plus importants recours collectifs impliquant des prêtres et de jeunes handicapés.