Le procès de Steven Léger a levé le voile sur les dessous d’une relation tumultueuse entre l’homme et son amoureuse, Anne-Marie Desaulniers. Crise, jalousie, violence. L’histoire d’amour s’est transformée en histoire d’horreur le 20 novembre 2010 lorsque la jeune femme a été assassinée à Laval. Un meurtre prémédité, pour lequel Léger a été reconnu coupable cette semaine et mis en prison pour 25 ans.
Elle venait d’avoir 17 ans. Lui 21. Comme c’est souvent le cas au début d’une relation, ils filaient le parfait amour. Il prenait soin d’elle. Elle l’aimait. Ils étaient heureux.
Puis, il s’est mis à y avoir des petits accrochages dans leur couple. Ça devenait de plus en plus agité. Ils se chicanaient. S’engueulaient. Se séparaient. Reprenaient.
Les parents d’Anne-Marie « acceptaient » leur relation. Mais ils ne l’approuvaient pas pour autant. Son père, il trouvait Steven bien trop vieux pour sa fille. Cinq ans les séparaient. Sa mère, elle, avait de la difficulté à apprécier le jeune homme.
« J’ai toujours eu un mauvais pressentiment que ce n’était pas une bonne personne… C’était viscéral. Je ne le sentais simplement pas », explique Manon Ouellette en entrevue avec le Journal.
En fait, c’est surtout que Léger n’était pas très gentil avec « son bébé ».
« Je me demandais ce que ma fille pouvait lui trouver. Je me disais qu’il devait bien avoir quelque chose de bon en lui pour qu’elle l’aime », laisse-t-elle tomber.
Accaparante
Léger habitait seul sur le boulevard des Laurentides, à Laval. Entre le cégep et son travail à temps partiel chez Home Dépôt, Anne-Marie passait beaucoup de temps chez lui.
À ce moment, Léger travaillait de nuit à Postes Canada. Avec son emploi du temps, il avait du mal à gérer sa vie professionnelle et personnelle. Il a fait un burn-out.
Il était « brûlé ». Et il rendait sa copine responsable de sa fatigue extrême. À cause de ses « caprices ».
Steven Léger la trouvait accaparante. Il disait avoir besoin de liberté. Mais elle en voulait toujours plus.
« Avec le caractère qu’elle avait… elle faisait ce qu’elle voulait », avait-il dit au détective Alain Audet lors de son interrogatoire, quelques heures après le meurtre.
La relation entre Anne-Marie et Steven était devenue tumultueuse. Ils se prenaient la tête pour tout : au sujet de l’argent, du rangement, de leur famille et des autres gars aussi. Léger a été dépeint comme un homme ultra-jaloux.
Et leurs chicanes ne passaient pas inaperçues. À quelques reprises, la police a dû intervenir à cause du bruit. Les voisins se plaignaient. À ce moment, Anne-Marie aurait pu porter plainte contre son conjoint. Mais elle s’est tue.
Mauvais payeur, Léger a perdu son logement. C’est plus tard que le couple a emménagé au 605, boulevard de la Concorde Ouest. C’était un an et demi avant que le drame ne se joue.
Là encore, les murs tremblaient lors de leurs chicanes. Les voisins entendaient tout.
« Ça brassait pas mal », avait confié au Journal le concierge de l’immeuble, dans les jours qui ont suivi le meurtre.
En septembre 2010, la jeune femme s’était inscrite en sciences politiques à l’UQAM. Mais c’était le droit qu’elle visait.
« Ma fille aurait fait une excellente avocate. Elle savait nous enligner des arguments. Elle avait le caractère qu’il fallait pour ça », lance Mme Ouellette, en riant.
Avec son retour sur les bancs d’école, Anne-Marie ne pouvait plus travailler autant. Les problèmes d’argent ont commencé à se faire sentir.
Elle et Steven ont donc proposé à un ami de ce dernier, Jean-François Lamont, de venir cohabiter avec eux.
Durant les sept semaines qu’il a habité là, Lamont a remarqué que la relation du couple « a évolué », a-t-il dit en Cour. Steven, qu’il considérait comme son meilleur ami depuis 10 ans, lui avait même avoué qu’il était en pause et qu’il trouvait ça difficile.
Le couple dormait toujours dans le même lit, mais se couchait « tout habillé ».
Nouvelle flamme
À ce moment, Anne-Marie venait aussi de renouer sur Facebook avec son ancien ami de cœur du secondaire, Sébastien Francœur. Rapidement, leur relation s’est intensifiée, simplement à travers des messages sur Internet.
« On est vite redevenu amis. On était presque fait l’un pour l’autre », a confié Francœur lors de son témoignage en Cour.
Puis, il est devenu un confident pour elle. Elle lui racontait en détail sa relation tumultueuse avec Steven Léger.
« Un gars qui me trompe, qui est agressif et qui me pète tout le temps des coches… S’il fait déborder le vase, il n’y a plus rien à faire », lui a-t-elle écrit moins d’un mois avant son décès.
Le plus loin possible
À un moment, Anne-Marie n’est plus bien avec Steven. Elle veut s’en aller le plus loin possible de lui, mais elle craint sa réaction.
« C’est vrai qu’il pourrait péter sa coche. On s’était déjà pogné et laissé à un moment donné, puis il m’avait dit : “Si je te vois dans les bras d’un autre gars, t’as même pas idée de ce qui va arriver” », a-t-elle écrit à Francœur sur Facebook.
Puisqu’ils communiquaient par messagerie Facebook, Francœur posait quelques fois des questions pièges pour s’assurer qu’il s’entretenait bien avec Anne-Marie et non avec Léger.
Il lui posait des questions auxquelles elle seule pouvait répondre : quels sont les derniers chiffres de son numéro de téléphone lorsqu’ils se fréquentaient plus jeunes ? Quelle est l’adresse de ses parents ?
Francœur communiquait aussi avec Anne-Marie sous le nom de Lorélia Kingston, profil créé pour tromper Léger, très jaloux de savoir que sa conjointe avait repris contact avec un ex.
À ce moment, la jeune femme confiait tous ses états d’âme à son nouvel ami. « Elle avait réellement peur pour sa vie », a dit Sébastien Francœur en Cour.
C’est que les jours précédant le meurtre, Léger a fait plusieurs mises en garde et menaces à la victime. Anne-Marie a même raconté à Sébastien s’être réveillée un matin avec un couteau près d’elle.
Léger aurait sous-entendu qu’il voulait la tuer, mais qu’il était trop fatigué pour passer à l’acte.
Moins de 10 jours avant le drame, Steven Léger a même changé son statut Facebook, passant de « en couple » à « veuf ». C’était après une violente chicane. Anne-Marie aurait dit à Léger que « tout était mort entre eux ».
Ce statut, elle l’a vu comme une menace. « Ça fait bizarre quand on combine ça avec le “ça peut mal virer…” », a-t-elle écrit à Francœur.
De toute évidence, elle commençait à craindre le pire… Mais Léger a prétendu que c’était une blague. À l’inspecteur Audet, il a indiqué qu’il l’avait aussitôt rechangé, du fait de la vive réaction de sa copine.
Police
Anne-Marie ne savait pas comment s’en sortir. Elle souhaitait être avec Sébastien, mais elle voulait surtout prendre son temps, craignant la réaction de Léger.
« Les choses ne sont pas assez bien réglées et je ne veux pas jeter de l’huile sur le feu non plus, je veux me donner la chance d’être encore en vie et de pouvoir te voir », a-t-elle confié à son nouvel ami.
Ce à quoi Sébastien Francœur avait répondu : « Lol. »
Lors de son témoignage en Cour, le jeune homme a fondu en larmes en relisant ce passage de leurs conversations.
« C’est sûr que ce n’est pas très approprié comme réponse dans les circonstances… », a-t-il simplement dit.
À l’époque, consterné par les menaces qui fusaient à l’égard de sa nouvelle amie, Francœur tentait de la convaincre d’agir, de porter plainte à la police.
« Lorsque je lui parlais sur Internet et qu’elle me racontait ses histoires avec lui, j’avais juste envie d’aller la chercher », a confié Sébastien Francœur au Journal.
Mais Anne-Marie préférait régler ses problèmes elle-même, « le plus doucement possible ».
« Ma fille savait à qui elle avait affaire… elle savait comment il pouvait réagir si elle le dénonçait », se désole Mme Ouellette.
La mère d’Anne-Marie en savait peu sur la violence dont était victime sa fille.
« J’étais consciente que c’était tumultueux. Mais je ne savais pas que c’était si grave », confie-t-elle, émue.
Lorsqu’elle questionnait sa fille à ce sujet, cette dernière lui répondait toujours que c’était « correct ». Elle protégeait son amoureux.
Une fois, sa fille est arrivée avec un œil au beurre noir. Mais Anne-Marie couvrait son copain, le défendait, prétendait que « ce n’était pas ce que ça avait l’air ».
« Avec du recul, on vit beaucoup de culpabilité. Mais à cette époque, le mieux qu’on pouvait faire, c’était d’être là pour que quand elle décide de faire quelque chose, on puisse l’aider », souffle la mère.
Derniers jours
Quelques jours avant d’être assassinée, Anne-Marie avait demandé à Léger de quitter définitivement son appartement. C’était son nom à elle qui était sur le bail et c’est elle qui payait le loyer.
Sébastien Francœur et elle avaient déjà des plans de cohabitation. Ils attendaient que Léger parte pour les concrétiser.
Cinq jours avant le meurtre, ils se sont finalement vus pour la première fois
depuis qu’ils avaient repris contact sur Facebook.
Quatre jours plus tard, ils se sont revus une deuxième fois. C’est une véritable journée de rêve que les nouveaux amoureux ont passée.
Ils ont discuté longuement, ils ont fait l’amour, ils ont ri. C’était quelques heures avant qu’elle ne soit assassinée.
Ce soir-là, plutôt que d’aller la reconduire auprès de Léger, Francœur avait demandé à Anne-Marie de rester chez lui.
Pressentiment
« Je craignais énormément pour sa vie. À ce moment, mes craintes étaient au maximum », a-t-il raconté en Cour, ému.
Puisqu’elle insistait, il a finalement reconduit la jeune femme au métro, plutôt qu’à son appartement, « pour éviter que Steven Léger ne me voie ».
Anne-Marie est rentrée chez elle vers 22 h. Presque sept heures plus tard, elle était retrouvée morte.
De plus, la jeune femme a été assassinée le jour de l’anniversaire de son petit frère. La famille d’Anne-Marie se préparait à le fêter lorsque les policiers sont venus annoncer la nouvelle qu’on n’attend jamais.
« Tout ce que je me suis dit à ce moment c’est que je le savais. Je l’avais sentie que ce gars-là n’était pas bon. Il a tué mon bébé », lance la mère d’Anne-Marie.
« J’aurais aimé que ma fille ne soit pas une “grande fille”. Et qu’elle vienne voir son papa pour lui demander de l’aide. J’aurais pu la protéger », confie Jean-Claude Desaulniers, avec émotions.
Après son crime, Léger a appelé les secours. Pour des blessures qu’il s’était lui-même infligées. C’est d’une cabine téléphonique à huit kilomètres de son appartement que l’appel a été placé au 911. « J’ai tué quelqu’un », a-t-il dit au policier.
À l’adresse fournie par le jeune homme, Anne-Marie Desaulniers gisait dans son sang. Elle a été retrouvée dans le lit qu’elle partageait auparavant avec un homme qu’elle a aimé.