Je ne crois pas que c’est à Jean Charest que je demanderais conseil pour que mon parti gagne en popularité au Québec, comme Stephen Harper l’a fait récemment! Le premier ministre du Québec traîne comme un boulet un taux d’insatisfaction autour de 75 %...
M. Harper a aussi fait une offensive en amenant 19 ministres dans un village de la circonscription rurale de Lotbinière, à l’occasion de la fête de la Saint-Jean, qu’il vient toujours souligner au Québec, en région, le temps de quelques prises de vue sympathiques.
Les deux démarches révèlent que M. Harper n’a pas retrouvé des repères au Québec depuis la vague orange du 2 mai 2011 qui lui a coûté la moitié de sa députation, dont trois ministres. Le nouveau chef de l’opposition néo-démocrate, Thomas Mulcair, marque même des points. De plus, le gouvernement Charest a officiellement protesté contre certaines de ses politiques, comme la Loi sur les jeunes contrevenants, l’abolition du registre des armes à feu, une commission centrale des valeurs mobilières, l’abandon des objectifs de réduction des gaz à effet de serre, etc.
La perspective de l’élection d’un gouvernement du Parti québécois représente aussi une inconnue pour les conservateurs qui n’ont pas eu à composer avec un interlocuteur souverainiste à Québec. Brian Mulroney a eu Robert Bourassa pour complice, de 1985 à 1994, et Stephen Harper transige avec un ancien chef de son propre parti sur la scène fédérale en Jean Charest.
Mauvaises communications
Le premier handicap des conservateurs au Québec est leur incapacité de s’expliquer. Par exemple, les Québécois sont favorables dans une large majorité à un durcissement des peines d’emprisonnement pour les crimes les plus graves et à un resserrement des règles sur les libérations conditionnelles. La petite députation conservatrice et les sénateurs bleus n’ont pas réussi à rejoindre cette clientèle qui les appuyait. Ils ont été enterrés par le tollé de leaders d’opinion d’une gauche opposée mur à mur à tout ce que touche Stephen Harper, souvent appuyée par opportunisme électoral par les libéraux de Jean Charest.
Les conservateurs ont d’énormes faiblesses en pédagogie, mais les Québécois sentent, en plus, qu’ils ne sont pas à leur écoute depuis un an. Prenons un autre exemple. Le Québec inc. n’a plus sa Bourse depuis l’intégration de celle de Montréal à Toronto. Les petites entreprises qui lorgnaient vers un appel à du financement public ont été pénalisées, commence-t-on à réaliser. Une Autorité des marchés financiers bien québécoise, qui connaît les entreprises d’ici et leurs dirigeants, est vue comme une police d’assurance par la portion de la population concernée. Celle-ci demeure aussi un reflet de notre nationalisme économique. L’insensibilité du gouvernement Harper à ces dimensions l’a coupé d’un autre segment de clientèle, en tentant d’imposer une Autorité unique pour tout le Canada. Il a fallu que la Cour suprême le rappelle à l’ordre sur le respect des responsabilités dévolues aux provinces par la constitution.
Le gouvernement est le gouvernement de tous les Canadiens. Pas seulement de ceux qui ont voté pour lui et avec qui il est en osmose. Il a une obligation de rejoindre et de comprendre les populations des régions qui se reconnaissent moins dans le parti politique dont il est issu.
Ce devoir d’écoute et de compréhension des Québécois n’a pas été rempli au cours de la dernière année par le gouvernement Harper. C’est du moins la perception qui s’est solidement installée.