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Un patient du département de psychiatrie de l'hôpital Notre-Dame du CHUM a étouffé deux autres patients souffrant de...
TVA Nouvelles
En l'espace de six jours, un patient interné en psychiatrie à l'hôpital Notre-Dame du CHUM a assassiné deux autres patients en les étouffant et a tenté d'en tuer un troisième, avant que les policiers ne soient appelés pour l'arrêter.
Selon nos informations, la police de Montréal soupçonne un homme de 31 ans, dont la nature des troubles mentaux n’a pas été précisée, d'être au centre de cette série de crimes sans précédent en milieu hospitalier au Québec.
Une situation « inconcevable » — d'après des experts en psychiatrie interrogés par le Journal —, qui a coûté la vie à deux hommes âgés de 69 et 77 ans, les 16 et 21 juin. Un sort auquel une dame de 71 ans a échappé de justesse, le 22 juin.
Pourtant, un dirigeant du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) a affirmé, hier, que c'est « grâce à la vigilance de la direction et des employés de l'hôpital » que la police a pu éclaircir ces deux décès qui semblaient « d'apparence naturelle ».
Morts par asphyxie
Si aucun employé du pavillon de psychiatrie Louis-Charles-Simard n'a été témoin des deux agressions fatales, il en a finalement été autrement de celle de vendredi dernier.
« Nous avons été appelés à l'aile psychiatrique de l'hôpital Notre-Dame pour répondre à une tentative de meurtre sur une femme de 71 ans. Le suspect a été arrêté. L'analyse de la scène et la collaboration des employés nous ont ensuite permis d'approfondir les circonstances des décès de deux autres patients, morts par asphyxie dans les jours précédents », a relaté l'agent Daniel Lacoursière, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Le ou les employés témoins ont expliqué aux policiers que le patient a été surpris en train d'essayer d'asphyxier sa dernière victime, au moyen d'un objet que le SPVM n'a pas précisé. C'est seulement à ce moment que l'hôpital a cru bon de signaler aux policiers que deux autres patients internés s'étaient mystérieusement éteints, un la veille et l'autre le samedi d’avant.
Les enquêteurs ont requis que des autopsies soient pratiquées sur les corps des victimes pour connaître la cause de leur mort. Pareille expertise n'a pu être réalisée avant mardi, en raison du long congé de la Fête nationale.
Les autopsies effectuées au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale de Montréal ont démontré que les deux patients âgés ont péri par suffocation. Ce n'est donc qu'hier que le SPVM a confirmé les 13e et 14e homicides de l'année sur l'île de Montréal.
Évalué à l’Institut Pinel
Pour l'instant, le patient suspect fait face à une seule accusation, soit la tentative de meurtre aux dépens de la septuagénaire qui occupait la même unité de soins que lui. Le juge qui a présidé à sa comparution a ordonné que le prévenu subisse une évaluation psychiatrique pendant cinq jours afin de déterminer son aptitude à faire face à la justice.
Le Journal a appris que pour ce faire, il a été transféré à l'Institut Philippe-Pinel, le seul hôpital psychiatrique classé « sécuritaire » dans la grande région de Montréal, en raison de ses mesures de sécurité pour encadrer une clientèle de patients dangereux.
Yvan Gendron, directeur général associé au CHUM, a qualifié ces crimes de « cas malheureux » mais « isolés », en affirmant que l'unité de psychiatrie de l'hôpital Notre-Dame ne manquait « pas de surveillance » et était encadrée de « mesures rigoureuses ». Il a ajouté que le CHUM est « un milieu thérapeutique, pas un milieu carcéral » et que les patients psychiatrisés bénéficient d'une « certaine liberté ».
Parallèlement à l’enquête policière, le coroner Jean Brochu a été mandaté pour faire la lumière sur cette triste affaire.
Employés, spécialistes et défenseurs des malades s’indignent
« C’est troublant que ça ait pris deux meurtres, presque trois, avant qu’on s’en rende compte. »
Paul Brunet, président du Conseil de protection des malades, déplorait que « personne » n’ait réagi ou déduit « plus vite qu’il y avait quelqu’un de dangereux en cause ».
« L’agresseur a été mal diagnostiqué, mal surveillé ou mal encadré. Dans une vraie urgence psychiatrique, ce genre de trucs n’arrive pas », a-t-il déclaré au Journal.
M. Brunet s’est demandé pourquoi un tel patient n’avait pas été envoyé plus tôt à l’Institut Pinel, « un lieu adapté » où il a d’ailleurs été transféré après sa comparution.
« Je doute que l’hôpital Notre-Dame soit suffisamment adapté aux besoins des patients psychiatriques. C’est souvent le cas avec un certain relâchement dû à la déspécialisation. »
Coupures budgétaires
Guy Brochu, président du Syndicat des professionnels en soins de santé du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), n’a pas hésité à affirmer qu’il s’interrogeait « de A à Z » sur les circonstances qui ont pu mener à autant de crimes violents à l’hôpital Notre-Dame.
Il a rappelé que le syndicat avait émis de sérieuses craintes, l’an dernier, quand la direction du CHUM a imposé des restrictions budgétaires en psychiatrie.
« Est-ce relié ? En psychiatrie, ça prend de la surveillance. Les infirmières sont déjà énormément sollicitées et doivent faire beaucoup de temps supplémentaire obligatoire. Elles ne peuvent faire aussi le travail d’un préposé.
« La direction m’a dit que tout avait été fait selon les règles de l’art, mais on peut se poser des questions. »
Il a affirmé que plusieurs infirmières du département de psychiatrie ont été interrogées par les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), hier.
« Ce n’est pas normal que de telles choses se produisent et ce sont elles qui sont prises avec ça. »
« Aucun bon sens »
Ce n’est qu’après avoir tué deux patients sans être inquiété que le suspect a été pris sur le fait alors qu’il s’attaquait à une septuagénaire. Le personnel et le service de sécurité ont alors déclenché ce qu’on appelle un « code blanc » pour désigner un cas d’intervention urgente pour agression ou menaces.
Pour certains intervenants crédibles et expérimentés du milieu de la psychiatrie, c’est « incompréhensible » que le suspect ait pu frapper trois fois avant de se faire épingler.
« Il est très rare de voir des décès dans une aile de psychiatrie, même de cause naturelle. J’ai vu ça une fois et c’était un patient qui s’était étouffé avec de la nourriture. Je peux vous dire que le coroner avait été appelé. Un meurtre ? C’est extrêmement rare. Deux dans la même semaine ? Ça n’a aucun bon sens ! », s’est exclamé l’un d’eux, en demandant qu’on taise son identité en raison des enquêtes en cours.
► Il faut remonter à octobre 1994 pour retrouver un cas de meurtre commis dans un hôpital psychiatrique. Jacques Galarneau, un patient de 37 ans, avait ensuite été jugé criminellement non responsable de ce crime commis à l’hôpital Robert-Giffard, à Québec. Il avait roué de coups de pieds une autre patiente de 50 ans qui se déplaçait en fauteuil roulant.
Avec la collaboration de Sarah Bélisle
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