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Fehr et Bettman

Qui sera le plus convaincant ?

Qui sera le plus convaincant ?
photo afp Certains considèrent Donald Fehr comme le meilleur négociateur du sport professionnel.

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La table est mise. À partir d’aujourd’hui, l’Association des joueurs de la Ligue nationale et les propriétaires embarquent dans une négociation qui pourrait entraîner le hockey professionnel dans un autre arrêt de travail.

Mais avant de passer aux points chauds des prochains pourparlers entre les deux groupes, qui sont les deux décideurs ?

Du côté des propriétaires : Gary Bettman : le commissaire qui, il y a sept ans, fermait les portes des amphithéâtres de SA ligue pour obtenir ce qu’il convoitait depuis toujours : un plafond salarial.

Bettman a toute la confiance des propriétaires et est-il besoin d’ajouter qu’il a une grande influence sur les membres du bureau des gouverneurs ? On dit qu’il est un négociateur qui prépare bien son attaque et qu’il est un spécialiste pour établir une défense à toute épreuve. On peut questionner sa gestion, notamment dans le présent dossier des Coyotes de Phoenix, alors que c’est le bordel à Glendale, la ville étant menacée d’une poursuite et le plan de gestion de l’amphithéâtre s’apprêtant à être débouté, il n’en demeure pas moins qu’il est un négociateur rusé qui ne s’impose aucune limite pour atteindre ses objectifs.

Ce qu’il tentera d’obtenir à partir d’aujourd’hui, c’est plus de souplesse relativement au plancher salarial et aussi il cherchera à amenuiser le pourcentage de 57 % des revenus qui est prévu pour les salaires des joueurs à 50 %. Une lourde commande dans le contexte actuel. Bettman s’amène à la table des négociations avec un bilan impressionnant. Au cours des dernières années, la ligue a vu ses revenus passer de 2,2 milliards $ à 3,1 milliards $. Qui plus est, le plafond salarial est passé de 39,4 M$ en 2005 à 70,2 M$ pour l’an prochain, montant confirmé hier par la ligue et la LNH. Comment Bettman parviendra-t-il à convaincre son rival que la Ligue nationale éprouve des ennuis financiers, qu’il a apporté des ajustements importants afin de permettre à plusieurs concessions de sortir de l’impasse dans laquelle elles sont empêtrées ?

Négociateur redoutable

Du côté des joueurs : Donald Fehr. Certains le qualifient comme le meilleur négociateur du sport professionnel. Il a changé les structures du baseball majeur, mais il annula la série mondiale de 1994 pour atteindre ses fins. Il a gagné une poursuite sur la collusion des propriétaires, arrachant une somme de 280 M$ au baseball majeur. Au cours des dernières années, les joueurs ont connu quatre directeurs exécutifs. Ils ont sombré dans la médiocrité sur le plan de la gestion de l’organisme et c’est pour cette raison qu’ils décidèrent, il y a deux ans, de confier la direction de l’association à Donald Fehr. Ils ne pouvaient pas trouver un négociateur aussi redoutable que l’ex-patron du syndicat des joueurs des ligues majeures. D’ailleurs, au cours des derniers mois, Fehr s’est assuré de bien informer tous les membres de l’association sur les enjeux et sur la façon dont il entend procéder à la table des négociations. Il a établi des règles du jeu et il a avisé les joueurs qu’ils devront prendre une part active dans le processus de négociation qui s’ébranle à partir d’aujourd’hui.

Ce que Fehr tentera d’obtenir à partir d’aujourd’hui, c’est l’attention de Bettman sur la définition du mot partenariat. Le commissaire a profité de l’instabilité de l’AJLNH au niveau de la direction pour agir à sa guise. Il a consulté l’AJLNH par politesse, mais il s’est toujours assuré que les dés étaient « pipés ». Or, sous le régime de Fehr, Bettman a reçu un premier avertissement au mois de janvier quand le plan proposé par le commissaire et approuvé par les propriétaires sur une nouvelle formule impliquant deux associations et seulement deux divisions au lieu de trois par association fut rejeté par Fehr. « Quand vous prendrez une décision, assurez-vous d’avoir obtenu notre approbation. Or, ça n’a pas été le cas. » Fehr va également s’attaquer à la clause « escrow » qui oblige les joueurs à verser un pourcentage de leur salaire pour parer à toute éventualité au cas où les revenus ne comblent pas le pourcentage prévu pour les salaires. Par ailleurs, il va assurément s’objecter à toute demande des propriétaires dans l’espoir de réduire les salaires puisque, les joueurs, il y a sept ans, furent contraints d’accepter une diminution de 24 % de la valeur de leur contrat.

De l’abus

Si Bettman osa annuler une saison pour obtenir le fameux plafond salarial dont il rêvait tant, un deuxième conflit de travail pourrait avoir de lourdes conséquences sur le hockey professionnel. On peut toujours avancer que l’annulation d’une saison a eu des effets positifs avec une augmentation considérable des revenus, mais Bettman et les propriétaires ne peuvent plus courir un tel risque.

Un conflit, ça va.

Un autre conflit, bon, si c’est pour assurer une saine gestion, okay.

Mais, un troisième conflit, c’est abuser de la confiance des amateurs.

Donald Fehr a déjà tout compris. Et, avant même de s’asseoir à la table des négociations, il a pris les devants auprès de l’opinion des amateurs ou, si vous préférez, il s’attire déjà les applaudissements des partisans.

« Si nous négocions de bonne foi, si les dossiers progressent, mais que nous n’avons pas tout résolu, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas amorcer la prochaine saison sans un contrat accepté et signé. En autant que les gens autour de la table négocient avec l’idée bien arrêtée qu’on trouvera des solutions, nous pouvons toujours poursuivre les activités sous l’ancienne convention de travail. Nous n’aurions aucun problème avec ça. »

Oups. Une déclaration qui n’a sans doute pas plu à Bettman et encore moins la philosophie de Fehr qui n’a aucune objection à ce que les joueurs émettent leur opinion pendant les négociations.

En d’autres mots, Fehr veut être un livre ouvert. Il veut faire preuve de transparence. Il a déjà établi ses couleurs... alors que Bettman, jusqu’ici, est demeuré de glace.

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