Lorsque le Canadien a repêché Carey Price au cinquième rang en 2005, Bob Gainey et Trevor Timmins avaient identifié leur jeune acquisition comme un gardien de concession.
Leur explication n’avait toutefois pas convaincu les amateurs et les journalistes qui remettaient en question leur décision d’avoir arrêté leur choix sur un gardien.
À ce moment-là, le Tricolore misait après tout sur José Théodore, qui était âgé de seulement 25 ans.
Deux mois après avoir repêché Price, Gainey ajoutait à la confusion qui régnait en accordant un contrat d’une valeur de 16 millions pour une période de trois ans à l’ancien lauréat des trophées Hart et Vézina.
Pourquoi ne pas avoir plutôt repêché Anze Kopitar ?, se demandait-on.
L’arrivée d’un joueur de centre gros format se voulait une plus grande nécessité.
Les questions ont cessé quand Price a mené les Bulldogs de Hamilton à la coupe Calder, quelques semaines seulement après avoir terminé son stage junior dans la Ligue de l’Ouest.
Tout de suite, Price a été comparé à Patrick Roy, qui avait réussi le même exploit avec les Canadiens de Sherbrooke, 20 ans plus tôt.
Entre-temps, Cristobal Huet avait succédé à Théodore, qui s’était sorti de Montréal.
PLAN À LA POUBELLE
La saison suivante, l’état-major du Canadien a jeté à la poubelle le plan élaboré par Roland Melanson et Guy Carbonneau, qui consistait à laisser Price dans la Ligue américaine toute l’année.
Les hauts dirigeants voulaient plutôt montrer aux amateurs que la présence de Price permettait d’entrevoir des jours meilleurs.
Le prodige a délogé Huet du poste de gardien numéro un et le Canadien a terminé en tête de l’Association de l’Est pour une première fois en 19 ans.
DE HÉROS À ZÉRO
La suite des événements a été moins heureuse.
La saison recrue de Price s’est soldée sur une fausse note dans les séries. Il a poursuivi sa chute à sa deuxième saison.
Les amateurs en ont fait le bouc émissaire d’une sortie expéditive dans les séries contre les Bruins. Lors du dernier match, un peu comme Roy l’avait fait à sa sortie de la scène montréalaise, Price a répliqué aux spectateurs qui le conspuaient.
La saison suivante, Jaroslav Halak lui a chipé son poste avant de mener le Canadien en finale de l’Est. Il était la nouvelle star dans le cœur de bon nombre de partisans.
Les gens ont crié au meurtre lorsque Pierre Gauthier a expédié Halak à Saint Louis en retour de deux jeunes joueurs dont on ne connaissait très peu de choses, pour ne pas dire presque rien.
FORCE DE CARACTÈRE
L’automne suivant, dès le premier match préparatoire, Price était pris à partie par la foule lors d’une mauvaise sortie au Centre Bell.
Probablement parce qu’il se sentait impliqué dans un match à finir avec les gens qui ne voulaient plus de lui, il a invité ses dénigreurs à respirer par le nez.
Ça prenait du cran !
Price a très bien fait cette saison-là et il s’en est fallu de peu pour que le Canadien élimine les Bruins au premier tour.
La saison dernière, Price a été fait vainqueur de la coupe Molson une deuxième année consécutive, sans être aussi efficace qu’il y a deux ans.
Il lui est souvent arrivé d’accorder des buts faciles et, comme l’équipe baissait les bras à la moindre épreuve, les chances de victoire devenaient pour ainsi dire nulles.
Tout ceci pour dire que Price a connu des hauts et des bas depuis son arrivée à Montréal.
Par contre, il a montré une grande force de caractère. Sa carrière aurait pu être ruinée après les deux saisons difficiles qu’il a connues.
D’autres joueurs auraient craqué à sa place.
Pendant tout ce temps, l’équipe était en perpétuelle reconstruction. Les joueurs repartaient aussi vite qu’ils arrivaient.
Price a joué avec 85 joueurs à ses cinq premières saisons à Montréal.
C’est énorme !
Heureusement pour lui, la grande confiance que lui portaient ses patrons ne s’est jamais démentie.
PARMI LES MIEUX PAYÉS
Après Gainey et Gauthier, Bergevin se range à son tour derrière Price.
En annonçant sa mise sous contrat hier, le jeune directeur général l’a étiqueté comme l’un des meilleurs jeunes gardiens de la Ligue nationale.
Price aura 25 ans en août.
C’est vrai qu’il est encore jeune, mais il devra assumer le prix du généreux contrat qui vient de lui être accordé.
En devenant le troisième gardien le mieux payé de la LNH (en termes d’impact sur la masse salariale, la saison prochaine), Price devra se montrer à la hauteur du salaire de 6,5 millions qui lui sera versé au cours des six prochaines saisons.
Il devra ni plus ni moins jouer un rôle de sauveur.
Ainsi va la vie dans le sport moderne.
Que ça leur plaise ou non, les joueurs sont évalués par rapport à leurs salaires.
Price en est là. Lui qui pensait avoir tout vu, sa marge d’erreur vient de chuter à zéro.
Deux jours après que le Canadien eut mis un terme à sa désastreuse saison en avril dernier, il ne s’était pas exclu du problème, comme tout bon joueur d’équipe doit le faire dans ces circonstances.
« Chacun d’entre nous devra procéder à une profonde évaluation de soi », m’avait-il dit après que les caméras soient sorties du vestiaire. Il avait assumé ses torts.
Depuis, les nouvelles figures affluent au Centre Bell. Pas moins d’une douzaine d’hommes de hockey se sont amenés.
Lors de la journée d’ouverture du marché des joueurs autonomes, Bergevin a respecté l’un des principaux engagements qu’il s’est donnés en embauchant trois joueurs qui feront du Canadien une formation moins docile.
Son travail est loin d’être terminé.
Ça prendra aussi des joueurs de talent, des marqueurs, mais la relance est bien amorcée.
Rome ne s’est pas faite en un jour.
N’empêche. Price devra afficher la force d’un empereur.