Alors que leur bunker de Longueuil est bloqué par le gouvernement depuis l’opération SharQc, en avril 2009, les Hells Angels ont décidé de ne pas attendre la fin des procédures et de prendre eux-mêmes les devants en le démolissant, a appris le Journal de Montréal.
Chaque jour, des milliers d’automobilistes qui empruntent le pont Jacques-Cartier passent devant le duplex dont la façade est visible du boulevard Taschereau, près de l’ancien Bob Chopper.
L’immeuble, dont l’adresse est sur la rue Verchères, est reconnaissable à sa façade peinte en blanc et rouge, les couleurs des Hells Angels.
La peinture écaillée et le mur de briques manquant sur le côté ouest peuvent donner une idée de l’état général de la propriété qui est bloquée par le Procureur général du Québec depuis l’opération qui a décimé l’organisation, le 15 avril 2009.
« Le 1er juin dernier, un juge de la Cour supérieure a modifié l’ordonnance pour permettre la démolition du bâtiment, mais l’ordonnance demeure sur le terrain », explique le porte-parole du Procureur général, Me Jean-Pascal Boucher.
Ce dernier précise que la démolition se fera aux frais du propriétaire, Gratien Vincent, et que les immeubles confisqués en tant que biens infractionnels dans ce type de dossiers sont généralement démolis une fois les procédures terminées.
Le duplex, qui a été construit en 1953, est évalué à 135 100 $ et le terrain à 63 200 $.
Il semble que durant la fin de semaine de la Fête nationale, une quinzaine d’individus aient vidé le local. La Ville a délivré, le 26 juin, un permis pour la démolition qui pourrait se faire cette semaine.
Des « messes »
Le local était le quartier général et le point de rencontre des membres du chapitre South des Hells Angels. Ceux-ci s’y réunissaient chaque mercredi, selon nos sources.
Lors de ces réunions appelées « messes », des prospects et relations des membres du chapitre effectuaient de la surveillance autour du bâtiment, qui était aussi muni de caméras.
Parlant de caméras, les policiers auraient également installé les leurs et des micros dans le local lors d’entrées subreptices effectuées durant l’enquête SharQc.
Le propriétaire de l’immeuble, Gabriel Vincent, n’est pas un membre des Hells Angels et n’a pas été arrêté dans l’opération policière.
En revanche, il louait son immeuble à une compagnie à numéro dont les activités sont la gestion d’immeubles et la vente de vêtements et d’accessoires divers et qui appartient à un membre en règle du chapitre South, Roberto Campagna, arrêté et accusé à la suite du projet SharQc.
Roberto Campagna, 49 ans, est un ancien Evil Ones, un ex club-école des Hells Angels. Il est devenu membre en règle et secrétaire du chapitre South à la fin des années 2000. Il était très impliqué au sein de l’organisation et siégeait même à des comités à l’échelle du pays.
À la fin de 2008, les enquêteurs l’avaient notamment observé lors d’une rencontre à Vancouver.
L’adresse de la compagnie de Campagna qui apparaît au Registre des entreprises est celle d’un certain Mario Lepore, à Boisbriand.
Or Lepore, alias « Le comptable », et Campagna, sont accusés conjointement dans une affaire de fraude qui est toujours pendante.
En septembre 1995, alors que la guerre des motards battait son plein, Lepore avait perdu une jambe lorsque la terrasse du bar Harley sur laquelle il se trouvait avec d’autres individus liés aux Hells Angels à Boisbriand avait explosé.
Ce qui avait été dit dans les médias à l’époque, c’est que c’est Mario Lepore lui-même qui aurait bien malgré lui actionné la bombe placée sous la terrasse en répondant ou effectuant un appel sur son téléphone cellulaire.