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Sitôt libérés, sitôt menottés

80 % des membres de gangs de rue récidivent moins d’un an après leur remise en liberté

Sitôt libérés, sitôt menottés
photo d’Archives Un individu a été arrêté au cours d’une opération policière.

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Quatre membres de gangs de rue sur cinq récidivent moins d’un an après être sortis de prison, à Montréal. Une situation qui serait pire qu’aux États-Unis.

C’est ce que révèle une nouvelle étude du ministère fédéral de la Sécurité publique, La prédiction de la récidive chez les membres de gangs de rue 2012, dont le Journal a obtenu copie.

Un total de 86 membres de gangs de rue québécois, principalement de la région de Montréal, ont été choisis alors qu’ils purgeaient une peine de moins de deux ans dans le réseau carcéral provincial.

Dès leur remise en liberté, ces hommes dont l’âge moyen est de 25 ans ont été suivis pour vérifier s’ils se feraient arrêter. Résultat : 69 d’entre eux, soit 80,2 %, ont dû refaire face à la justice, dont près de la moitié pour un crime avec violence.

La plupart d’entre eux n’ont même pas passé six mois sans récidiver : en moyenne, il s’est écoulé 175 jours avant qu’on leur repasse les menottes aux poignets.

Plus à risque

Le criminologue Jean-Pierre Guay, auteur de l’étude, a noté que « dans une grande agglomération urbaine comme Montréal » où ils ont été ciblés comme une priorité de la police, « rares sont les semaines où les gangs de rue ne font pas la manchette ».

L’auteur a comparé ces délinquants à un échantillon de 86 autres criminels non affiliés à un gang, mais dont le profil montre les « mêmes caractéristiques ».

« Les membres de gangs de rue ont fait l’objet de beaucoup plus d’arrestations que les délinquants du groupe témoin

(52 %) », selon ce professeur à l’université de Montréal.

Autre point de comparaison peu édifiant : l’auteur a relevé qu’aux États-Unis, une étude réalisée en 2007 montre que seulement 45 % des membres de gangs de rue ont récidivé en 33 mois de liberté.

Réhabilitation ?

Le sénateur conservateur Pierre-Hugues Boisvenu et la députée bloquiste d’Ahuntsic, Maria Mourani, ont associé ces résultats au manque de programmes de réhabilitation dans les prisons.

« Au Québec, il n’y a absolument rien dans les prisons pour amener ces jeunes-là à tourner le dos à une carrière criminelle. On attend qu’ils se fassent condamner à aller passer plus de deux ans dans un pénitencier fédéral, où on a de tels programmes. Mais souvent, c’est trop tard et ils sont irrécupérables », a dit le sénateur.

« Ce n’est pas fort, a ajouté Mme Mourani, elle-même auteure de deux livres sur les gangs de rue. Ce qu’il faut, c’est rééduquer ces jeunes. Pas simplement les mettre dans une prison comme Bordeaux où ils vont se criminaliser davantage. »


► Les membres de gangs de rue commettent plus d’infractions que les autres délinquants reliées à la prostitution et aux armes à feu (57 % par rapport à 30 %), ainsi qu’au trafic de drogue (24 % contre 13 %).

Ce qu'ils ont dit
«
Ça ne me surprend pas. C’est la pointe de l’iceberg puisque beaucoup de ces jeunes ont été recrutés par un gang de rue quand ils étaient mineurs. Ça vient contredire la croyance qu’au Québec, on s’occupe mieux des jeunes délinquants qu’ailleurs. Si on manque le bateau avec eux avant 18 ans, il est souvent trop tard après. On en échappe trop. Le Québec doit revoir son modèle et travailler plus étroitement avec le fédéral. »
– Sénateur Pierre-Hugues Boisvenu
«
Le taux de récidive est élevé avec les gangs. C’est une sorte de syndrôme de la porte tournante, avec la culture du groupe axée sur la violence. Mais, contrairement au système fédéral, il n’y a malheureusement pas de programmes dans les prisons du Québec pour permettre à ces délinquants de se désaffilier de leur gang, de mieux gérer la colère, de travailler, d’étudier. Ils sont donc à risque de récidiver en sortant de là. »
– La députée Maria Mourani
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