La famille Arora, qui a été déportée en Inde dimanche, a eu droit à des dernières heures pénibles en sol canadien, selon l’organisme Mexicains unis pour la régularisation, qui défend les droits des immigrants et réfugiés.
L’organisme a raconté, mardi, dans un communiqué, que quelques heures avant que ne tombe la décision du juge d’expulser la famille, Ravinder, la mère, a eu une crise d’épilepsie majeure et a dû être hospitalisée.
Le juge était au courant de ce fait lorsqu’il a rendu sa décision de tout de même ordonner la déportation.
Pourtant, le médecin traitant de Mme Arora a dit dimanche ne pas être en mesure de la laisser quitter l’hôpital ce soir-là. Malgré tout, le juge a choisi de déporter la famille.
Dans son jugement, il affirme que la famille aurait attendu jusqu’à la dernière minute pour faire sa demande afin de délibérément mettre de la pression sur la cour.
Dans son communiqué, Mexicains unis pour la régularisation dément ses affirmations de la cour. «En fait, tout est documenté dans la demande, mais le juge n’a pas voulu le reconnaître», a souligné l’organisme.
Un bien pénible moment
Les trois enfants étaient au chevet de leur mère à l’hôpital, dimanche, lorsque la fille aînée, Tarandeep, a téléphoné au numéro indiqué par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) dans l’ordre de déportation, raconte l’organisme Mexicains unis pour la régularisation dans son communiqué.
On lui aurait alors dit que les enfants de la famille, âgés de 15, 13 et 8 ans, devaient se présenter immédiatement pour leur déportation.
Tarandeep aurait expliqué à son interlocuteur qu’elle ne pouvait pas laisser sa mère toute seule à l’hôpital et que le médecin refusait de laisser sa mère partir.
On lui aurait alors rétorqué que son père, Amritpal, allait être déporté de toute manière, lui qui était détenu au Centre de prévention de l’immigration, à Laval, depuis jeudi.
Quelques heures plus tard, des agents de l’AFSC se seraient présentés à l’hôpital et auraient pénétré dans la zone de l’urgence. Les médecins leur auraient alors indiqué que Ravinder ne devait pas quitter l’hôpital.
L’avocat de la famille, qui serait arrivé sur place à ce moment, aurait tenté de négocier une solution où toute la famille pourrait quitter ensemble et en sécurité.
Les agents ont toutefois refusé de remettre à plus tard la déportation d’Amritpal, prévue pour le soir même. Ils auraient alors dit aux enfants de choisir entre partir avec leur père ou rester avec leur mère, toujours selon la version des faits rapportée par Mexicains unis pour la régularisation
La famille Arora s’est alors résolue à quitter ensemble le pays et a signé un formulaire d’exonération de responsabilité de l’hôpital, attestant qu’ils seraient tenus responsables si quelque chose arrivait à Ravinder, et ce, en toute conscience qu’ils allaient contre l’avis des médecins.
Tous les membres de la famille se sont alors dirigés vers l’aéroport, mais le transporteur aérien a refusé d’embarquer Ravinder en raison de son état de santé. Le père et les deux plus jeunes enfants ont alors été déportés. L’aînée a pu rester auprès de sa mère, jusqu’à ce celle-ci soit en état de voyager.
Les tentatives pour rejoindre Mme Arora mardi sont restées vaines et l’on ignore si elle et sa fille sont encore en sol canadien ou ont quitté le pays.
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La mère en danger de mort
La famille avait fait plusieurs demandes à l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) afin de reporter la date de renvoi, mais sans succès. C'est que Mme Arora, qui souffre d'épilepsie, devait subir une importante chirurgie au cerveau en juillet.
Il s'agissait de la deuxième opération de ce type que l'équipe du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) aurait pu réaliser sur elle.
Le CUSM a d'ailleurs fait parvenir vendredi une lettre au responsable du dossier de la famille Arora à l'ASFC, affirmant que Mme Ravinder Kaur Arora fait «des crises d'épilepsie à répétition » et que, vu son état de santé, ce voyage «comporte de sérieux risques».
Selon l’organisme Mexicains unis pour la régularisation, le médecin traitant de la mère de famille, présent à l’hôpital lors de la crise d’épilepsie dimanche, a d’ailleurs indiqué aux agents qu’il ne plaisantait pas lorsqu’il avait écrit à l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) pour leur dire que Ravinder était exposée à un risque élevé «de morbidité et de mortalité».
L'équipe de médecins, qui a suivi Mme Arora depuis 2008, avait également souligné dans la lettre qu’elle est une excellente candidate pour le type de chirurgie qu'elle devait subir, en plus d'ajouter qu'ils «croient fortement que, vu ces conditions, la chirurgie prévue en juillet ne doit pas être reportée» et doit être réalisée par les médecins spécialistes, qui connaissent bien sa condition médicale.
Dimanche, une quarantaine de personnes avaient manifesté contre la déportation devant les bureaux d’Immigration Canada, situés sur la rue Saint-Antoine, à Montréal. Une première manifestation avait eu lieu samedi matin, au square Phillips.
Selon l'organisme Solidarité sans frontières, les déportations ont augmenté d'environ 50% lors de la dernière décennie. Le regroupement avance également que plus de 13 000 personnes ont été expulsées en 2009 et que ce chiffre ne cesse d'augmenter depuis.
Joint lundi soir, le porte-parole de l’Agence des services frontaliers du Canada, Dominique McNeely, n’avait pu confirmer l’expulsion de la famille.
«La Loi sur la protection des renseignements personnels m’interdit de dire quoi que ce soit en ce qui concerne ce dossier», avait-il affirmé.