Il y a un peu plus d’un an, Louise Harel soutenait que la fonction publique municipale était « trop blanche » (Cyberpresse, le 24 mai 2011). Je lui demandais alors s’il fallait 1) Virer les « Blancs » de trop dans la fonction publique ou 2) Embaucher des « non-Blancs » pour la diversifier.
À partir d’un autre angle, elle revenait à la charge avant-hier en soutenant que les immigrants seraient victimes de discrimination généralisée à l’embauche. Mme Harel croit vraisemblablement que le Québec est une société raciste.
Comment fonctionne cette théorie ? On calcule la proportion d’un « groupe ethnique » dans la population. On vérifie ensuite s’il est proportionnellement représenté dans un secteur du marché du travail. Si tel n’est pas le cas, on crie à la discrimination systémique. Illusion statistique simpliste.
La solution ? La discrimination positive. On demande l’application de « quotas ethniques » pour corriger la situation. Cela présuppose évidemment que chaque individu devienne le représentant malgré lui d’une communauté ethnique. On le transforme alors en « chair à quota ».
Évidemment, la chose n’est pas avouée. On parle « d’équité à l’embauche ». Ou « d’accès à l’égalité ». Ou de « préférence à compétence égale ». C’est la langue de bois gestionnaire du « politiquement correct ».
J’ai quelques questions
Ainsi, on nous dit qu’à « compétence égale », je dois choisir la personne d’un groupe « discriminé ». Puis-je renverser le raisonnement ? Doit-on refuser, à compétence égale, une candidature parce qu’elle est « blanche » ? Ce « Blanc » ne serait-il pas en droit de crier au racisme ?
Et que fait-on des métissés ? Des mélangés ? Papa est Arabe, maman est Québécoise francophone. À quelle catégorie appartient fiston ? Y aura-t-il un jour des inspecteurs pour vérifier si le minoritaire embauché à cause d’un quota est aussi discriminé que prévu ?
J’ajoute : entre un Québécois, un Norvégien, un Danois, les différences culturelles sont-elles secondaires, l’origine « raciale » blanche étant plus importante que tout ? Entre un Haïtien, un Béninois, un Congolais, les différences comptent pour des prunes ? Depuis quand les Noirs sont tous pareils ?
Les Québécois « d’origine étrangère », si nombreux, qui ont réussi à se hisser socialement sans l’aide d’un quota sont les premières victimes de cette politique qui fait régner la loi du soupçon. A-t-on vu à quel point cette approche est méprisante pour eux ?
C’est le paradoxe de l’antiracisme. Il prétend nous délivrer du racisme. Mais il remet de l’avant une vision raciale de la société. Il prétend créer une société égalitaire en assignant bureaucratiquement à chacun une catégorie ethnique qu’il présentera comme un papier d’identité.
Cultiver l’indifférence
Je devine l’objection : niez-vous l’existence du racisme ? Bien sûr que non. Mais le racisme est un phénomène marginal aujourd’hui. Il n’est pas « systémique ». Que nos politiciens laissent croire le contraire illustre surtout la puissance de l’idéologie multiculturaliste.
J’ai souvent eu l’occasion de l’écrire : notre société devrait cultiver l’indifférence envers l’origine ethnique des gens. La racialisation des origines de chacun est une régression antidémocratique, antihumaniste.
Je ne veux pas être soigné par un médecin blanc, jaune ou mauve. Je veux être soigné par un médecin compétent. Une société libre récompense le mérite individuel. Elle ne tribalise pas ses citoyens. Elle invite chacun à transcender son origine. Pas à s’y enfermer.
La discrimination positive est un scandale.