Recherché pour trafic de speed, Michel Émond, le fils du défunt Hells Angels Richard « Crow » Émond, se terre au Costa Rica et n’a pas l’intention de revenir au Québec. C’est à un nouveau chapitre du jeu du chat et de la souris que la police et lui se livrent depuis des mois.
Michel Émond et ses présumés complices sont, depuis l’automne 2010, dans la mire des enquêteurs de la Division des enquêtes sur le crime organisé section Ouest de la Sûreté du Québec, qui les soupçonnent d’être de « notoires » trafiquants de speed, une drogue dont la popularité a explosé dans la province.
Ils ont même poussé l’audace jusqu’à produire des comprimés arborant le logo du Canadien de Montréal (voir autre texte).
À la fin mai, l’organisation d’Émond a été démantelée dans le cadre d’une opération baptisée « Grimper », mais le fils du Hells Angels, qui serait un trafiquant indépendant selon la police, est parvenu à passer à travers les mailles du filet lorsqu’il est parti en voyage, environ deux semaines avant la frappe policière.
« M. Émond se trouve présentement au Costa Rica. Des démarches ont été entreprises et des appels téléphoniques ont été faits, mais il a mentionné qu’il n’a aucune intention de revenir », a indiqué le sergent détective Christian Labonté lors de l’enquête sur remise en liberté de deux coaccusés, le 26 juin dernier.
Un mandat d’arrestation international a été lancé depuis contre le fugitif, a ajouté le policier durant son témoignage qui a démontré tous les efforts et les moyens mis en place par les enquêteurs pour coincer Émond, ainsi que les contre-mesures prises par ce dernier et ses complices pour éviter d’être pris.
Maison sous surveillance
Ainsi, durant l’enquête, les policiers ont installé une caméra devant l’ancienne maison de Michel Émond, boulevard Sainte-Rose, à Laval, qu’ils ont pointée directement sur la porte d’entrée pour immortaliser sur vidéo tous les visiteurs.
Ils ont tourné au total l’équivalent de 103 jours d’enregistrement.
Ils ont également mis une balise de localisation sur sa voiture, une Infiniti FX45, et étaient ainsi au courant de ses moindres allées et venues.
Comme dans toute enquête policière d‘envergure qui se respecte, ils ont mis les lignes téléphoniques du suspect sous écoute et intercepté les textos entrants et sortants de son téléphone cellulaire.
C’est ainsi que les enquêteurs ont décodé autre chose lorsque la conjointe d’Émond a envoyé des textes à ce dernier lui parlant « de brassées de lavage à deux, trois ou quatre heures du matin ».
« Cela nous a laissé entendre qu’il y avait de la production de méthamphétamine qui se faisait à la nouvelle résidence de Michel Émond », a expliqué l’enquêteur.
Parce que Michel Émond déménageait fréquemment. Il l’a fait à deux reprises durant l’enquête qui a duré un an et demi.
Il changeait également de voitures, tout comme ses complices qui louaient des véhicules au mois et demi « pour contrer les manœuvres policières », explique l’enquêteur Labonté. Pour ne pas éveiller les soupçons, ces derniers garaient leurs voitures à deux ou trois rues de la résidence de leur chef.
Entrées subreptices
Les policiers ont également effectué des entrées subreptices dans des propriétés de Michel Émond et en ont profité pour installer des caméras et des micros, ou encore pour filmer les lieux.
Ainsi, alors que le fugitif venait de quitter sa résidence de Laval, mais qu’il en était toujours propriétaire, les policiers y sont entrés dans la nuit du 23 au 24 mai 2011. Ils ont filmé l’intérieur durant 25 minutes. Le sous-sol avait été transformé en véritable laboratoire de production de méthamphétamine. Un mélangeur de type industriel, comme celui utilisé pour le ciment, s’y trouvait. Une toile de plastique séparait l’étage inférieur du rez-de-chaussée et une fine poudre couvrait les murs.
Émond avait également aménagé un gym personnel comptant une trentaine d’appareils de musculation dans un local de la rue De Gaspé, à Montréal.
Lui et ses complices s’y retrouvaient souvent. Les policiers y ont installé des caméras et des micros lors de quatre opérations clandestines. Ainsi, ils ont vu Émond se rendre à son gym à 76 reprises. Ils ont aussi capté 17 sessions audio pertinentes à leur enquête.
Le pot aux roses
Le 29 janvier 2011, grâce à leurs caméras dissimulées, les policiers ont vu Émond se présenter à son gym personnel en tenant un appareil de détection électronique.
« Il a balayé l’appareil devant les murs du corridor. Il est entré dans le local 707 et en est ressorti en courant. Il a aussitôt appelé un complice pour qu’il vienne le rejoindre », a raconté l’enquêteur.
Un homme s’est alors présenté au gym et a arraché une caméra. « Émond venait de trouver l’une de nos caméras », a tout bonnement déclaré l’enquêteur Labonté.
Sentant la soupe chaude, Émond a ensuite fait appel à des « employés » pour faire le ménage dans ses propriétés.
Les policiers ont dû s’adapter par la suite. Les choses sont devenues plus difficiles pour eux après ce 29 janvier 2011. Émond court toujours aujourd’hui.
Organisés et méfiants
Lors des perquisitions, les policiers ont saisi des détecteurs de micros et de caméras, une balise de localisation GPS et même un dispositif d’écoute.
« Ce sont des moyens pour enquêter les policiers. Ça commence à être poussé », a dit l’enquêteur Labonté.
Sur la rue De Gaspé, l’un des locaux de l’organisation avait été camouflé en commerce légitime avec des étalages de t-shirts, un bureau et des boîtes. Les suspects ont déménagé plus d’une fois les cinq laboratoires de fabrication de méthamphétamine démantelés lors de l’enquête.
Lors d’une rencontre dans un restaurant du secteur LaSalle, trois d’entre eux se sont assis à des tables différentes puis se sont envoyé plusieurs messages texte avant de se retrouver à une même table.
Un des suspects avait une compagnie d’émondage comme façade. L’histoire ne dit pas s’ils ont voulu faire un jeu de mots ou s’il y avait un concept avec le nom de leur chef.