Des dizaines de Québécois décident chaque été de se faire justice après des années à cultiver la haine envers leur voisin. Un juge rappelle de temps à autre que ce n’est pas une bonne idée.
« C’était un vrai massacre », dit Monique Saint-Germain. La propriétaire d’un duplex située dans l’arrondissement Saint-Léonard, à Montréal, vient de recevoir 4 450 $ pour compenser les dommages causés à sa haie par sa voisine.
Une haie de plus de 20 mètres de longueur par près de trois mètres de hauteur qu’elle bichonne depuis 20 ans.
Quand le Journal a contacté madame Saint-Germain pour la rencontrer, la dame de 76 ans n’était pas encore au courant du jugement rendu le 4 juillet, soit il y a six jours.
« C’est une très bonne nouvelle ! Nous sommes passés devant la juge le 22 mai alors je commençais à avoir hâte », dit-elle.
« Ce n’est pas moi »
C’est à l’hiver 2008 que le fils de Mme Saint-Germain constate un immense trou de l’autre côté de la haie, chez sa voisine.
« Ça ne paraissait pas de mon côté, mais la haie était bien moins épaisse à partir de hauteur de la clôture sur trois pieds de hauteur », précise-t-elle.
D’un côté, sa voisine, Irma Del Guercio, nie être l’auteure de cette coupe. Elle dit croire que la nature a simplement fait son œuvre. De l’autre, elle se plaint de l’ombre que fait cette haie sur ses fleurs.
Pour en avoir le cœur net, Monique Saint-Germain paie un spécialiste 700 $ pour avoir son avis.
« La coupe des branches est clairement le résultat d’un acte volontaire et ne peut être attribuable à un phénomène naturel », conclut le rapport de l’ingénieur forestier Denis Demers.
Demander avant de couper
Le fait que la haie déborde sur son terrain ne donne pas le droit de la couper sans le consentement de sa voisine, conclut la juge Louise Comeau. Surtout que Mme Saint-Germain engage un employé chaque été pour tailler la haie des deux côtés.
La haie n’est pas en danger de mort, conclut l’ingénieur, mais la quasi coupe à blanc imposera quelques années de soins particuliers. La juge condamne donc Mme Del Guercio à payer 4 450 $ à sa voisine en guise de dédommagement.
Cultiver la tolérance
Les deux voisines ne sont pas et ne deviendront peut-être pas de grandes amies. D’où l’importance de tenter de cultiver la tolérance dans son jardin intérieur.
Le Code civil du Québec a même prévu un passage à cette question. « Les voisins doivent accepter les inconvénients normaux du voisinage qui n’excèdent pas les limites de la tolérance qu’ils se doivent [...], mentionne l’article 976.
Mais où tracer la ligne entre un inconvénient normal et un autre qui ne l’est pas ?
Parfois, la loi est claire. Des villes imposent par exemple une limite de bruit que peut générer la thermopompe à la limite de la cour du voisin.
Dans d’autres cas, le gros bon sens doit prévaloir. Par exemple, si un résident de la campagne doit composer avec les odeurs de crottin de la ferme voisine, on ne peut pas en dire autant des défécations nauséabondes des deux chiens labrador du voisin du Plateau Mont-Royal.
Bien souvent, il s’agit d’en glisser un mot au voisin pour régler la situation. Or, des responsables dans les villes constatent que des citoyens déposent fréquemment une plainte contre un voisin sans même lui avoir parlé.
Surtout le bruit
Le grief le plus fréquent à l’encontre de son ami le voisin concerne le bruit. Interminables soirées arrosées, tondeuse qui s’éveille à 7 h le matin, chien qui hurle pour tout et pour rien, ventilateur du restaurant, motomarine, la liste est longue. Et pour plusieurs, trop attendre pour en parler ne fera qu’envenimer la situation.
Finalement, les clôtures, les arbres et le droit de vue génèrent leur lot de griefs.