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Twitter : un progrès ?

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La révolution des médias sociaux ne fait que commencer. Elle a déjà bouleversé la politique. Les politiciens s’adaptent à une mutation historique qui les dépasse. C’est la démocratie qui est métamorphosée. Je parlerai surtout de Twitter.

Avant le pot, les fleurs. Twitter dégage l’espace public de l’emprise des médias traditionnels. Le politiquement correct n’y domine pas comme ailleurs. Des idées autrefois censurées trouvent le moyen de s’y exprimer. Le peuple redécouvre une place publique.

On nous oblige évidemment à crier au progrès. À la grande avancée démocratique. À la libération de la parole populaire. Me permettra-t-on d’en douter ? De jeter un soupçon d’inquiétude dans l’euphorie généralisée ? Sans crier à la catastrophe de rappeler qu’il y a des zones d’ombre ?

Je laisse de côté la normalisation de l’insulte et l’épandage indécent de vulgarité. Sur Twitter, on se vomit, et cela, en toute impunité. Des excités en caleçons se croient insolents en insultant à répétition à l’abri de leur écran. Ils se croient courageux dans l’anonymat.

Encadrement nécessaire

Ce qu’on avait oublié, c’est que le débat public a besoin de règles. Il ne peut se passer d’inhibitions. On ne dit pas tout ce qu’on pense en public. On n’est pas connecté directement sur ses instincts. La réflexion argumentée est à ce prix.

L’anarchie des opinions contradictoires jetées dans le bazar du cyberespace ne fait pas avancer la démocratie. On dit du format Twitter qu’il apprend à résumer sa pensée. À vite aller à l’essentiel. Cent quarante caractères pour aller au fond des choses ? Étrange idée.

Certes, il y a des génies de la concision. Mais, il y a surtout des spécialistes du raccourci. En cela comme en tant d’autres choses, la taille compte. Une pensée qui se satisfait de ce format n’était probablement pas une pensée, mais un hoquet ou un hurlement.

Traditionnel

Même lorsqu’elle se déroule sans injures, une querelle sur Twitter laisse à désirer. Ainsi, on a vu François Legault particulièrement hyperactif sur Twitter ces jours-ci. Il se fait remarquer, c’est certain. On le félicite. Enfin un débat politique sur le « terrain ». Avec les « vrais gens ». Hourra !

Il entrait récemment en débat avec Martine Desjardins, de la FEUQ. Au-delà du contenu de l’échange, le format convenable, cela aurait dû être la télévision. Un échange en règle. Avec des arguments approfondis. Ou alors, un débat filmé sur le Web, en collaboration avec un grand journal. On me pardonnera ma vision à l’ancienne, mais je préfère les grands discours aux petits tweets. Je préfère les arguments aux injures. Je préfère des courants politiques organisés à des opinions moins libres que dispersées.

Niveau

J’aggrave mon cas. Je préfère la démocratie organisée à la démocratie sauvage. Je préfère le temps long des institutions démocratiques à la spontanéité anarchique du débat en temps réel. Twitter ajoute moins un forum au débat public qu’il ne ramène tous les autres à son niveau.

Tocqueville écrivait que la démocratie se payait du prix d’un nivellement par le bas. Évidemment, nous sommes tous prêts à payer ce prix, à remplacer le gouvernement des meilleurs par le gouvernement du plus grand nombre. Mais savions-nous que le plancher démocratique était si bas ?

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