Patrick Lavoie a profité de sa journée de congé, hier, pour prendre le temps de vivre un peu. Accompagné de sa copine Angy, l’auteur du touché victorieux dans la victoire spectaculaire des Alouettes aux dépens des Stampeders de Calgary, jeudi soir, est allé visiter le Biodôme.
Rien d’extravagant, comme vous le voyez. Le genre d’activité que ferait n’importe quel citoyen.
La veille, après son fait d’armes, il était allé boire un pot avec quelques amis dans le coin du stade Percival Molson, avant de rentrer chez lui.
« Je suis un petit gars sage, se décrit-il.
« Je fais encore plus attention en ce moment. J’en suis à mon année recrue. J’ai beaucoup de choses à prouver. »
Changement de cap
Lavoie vit un conte de fées depuis que les Alouettes l’ont réclamé au 11e rang du repêchage de la Ligue canadienne de football au début de mai.
Il tient à ce que ça continue et met toutes les chances de son côté pour que ça n’arrête pas. Car il était loin de se douter qu’il jouerait avec les Alouettes cette année, après avoir disputé son dernier match avec le Rouge et Or de l’Université Laval, l’automne dernier.
Sans dire qu’il ne croyait pas faire carrière au football professionnel, il se voyait davantage comme pompier.
Diplômé en technique incendie du Campus Notre-Dame-de-Foy, près de Québec, il a passé avec succès à l’Université Laval un bac en administration et en relations industrielles, ainsi qu’en enseignement professionnel et technique.
« Je me voyais vraiment commencer ma vie sur le marché du travail comme pompier, dit-il.
« Mes études à Laval me permettront de gravir les échelons plus vite, de devenir officier et d’enseigner le métier, comme il m’est arrivé de le faire. »
Ça, c’était avant qu’il rencontre son ancien entraîneur Glen Constantin dans les jours suivants l’amère défaite du Rouge et Or aux mains des Marauders de l’Université McMaster, en finale de la coupe Vanier, en novembre dernier.
« Glen m’a dit de m’entraîner en vue du camp d’évaluation de la LCF qui allait se tenir en mars à Toronto, raconte-t-il.
« À partir de ce moment-là, j’ai consacré tous mes efforts en ce sens. Je me suis donné à fond. »
« Je me voyais vraiment commencer ma vie sur le marché du travail comme pompier »
Surprise !
Ses coéquipiers du Rouge et Or lui disaient qu’il avait le talent pour jouer chez les professionnels.
« Restait à savoir si une équipe était prête à m’accorder une chance, ajoute-t-il.
« Je ne m’attendais pas trop à ça. »
Lavoie a fait bonne impression à Toronto. Deux semaines avant la séance de repêchage, quelques équipes ont communiqué avec lui. Mais aucun signe des Alouettes avant la journée même de l’événement.
Quelques heures avant la tenue du repêchage, Marcel Desjardins, adjoint au directeur général Jim Popp, l’a appelé.
Comme l’organisation montréalaise avait échangé son choix de première ronde, elle a dû patienter jusqu’au deuxième tour pour choisir un premier joueur.
Déjà qu’il croyait plus ou moins être repêché, sa sélection par les Alouettes dépassait ses rêves les plus fous.
À la fin du camp d’entraînement, il était fait membre régulier des unités spéciales et substitut à Dahrran Diedrich dans le champ arrière.
Deux minutes pour se pincer
Après seulement trois matchs, il compte deux touchés à sa fiche.
« Les choses tournent vraiment vite !, avoue-t-il.
« Il y a eu le repêchage, le camp et voilà qu’on se prépare pour notre quatrième match.
« Mais j’aime ça même s’il m’arrive parfois de penser que ça va trop vite. Dans ces moments-là, je prends deux minutes pour penser à ce qui m’arrive. »
L’autre soir contre les Stampeders, Jerald Brown et lui, se sont amenés, tels des pompiers, pour éteindre le feu dans lequel les Alouettes étaient plongées en deuxième demie.
Brown a intercepté une passe de Kevin Glenn avant que Lavoie ne capte une passe de trois verges d’Anthony Calvillo, pour donner une maigre priorité d’un point aux siens avec 47 secondes à jouer au quatrième quart.
S’en sont suivies des scènes de réjouissance entre les joueurs des Alouettes et les amateurs qui sont restés au stade jusqu’à la fin.
« J’ai perdu mon casque quand mes coéquipiers m’ont sauté dessus, relate-t-il.
« J’essayais de me relever et les gars me gardaient au sol. Le feeling que je ressentais était vraiment, vraiment incroyable.
« Mais en même temps, il fallait garder notre calme parce que le match n’était pas terminé. Un coéquipier m’a dit de remettre mon casque pour ne pas écoper d’une pénalité.
« Il y avait beaucoup d’émotion dans l’air, mais ce n’était pas le temps de festoyer. »
Restait à éteindre les braises, ce que les Alouettes ont fait avec un peu d’aide, avouons-le, de Glenn qui a perdu de nombreuses secondes en tenant un caucus, puis en mettant beaucoup de temps à mettre le ballon en jeu.
Qu’à cela ne tienne, les Alouettes ont gagné et Lavoie est rentré chez lui, tel un sapeur-pompier, avec le sentiment d’avoir fait quelque chose pour sa communauté.
Sainte-Flavie à l’honneur
Pour le moment, Patrick Lavoie peut encore se fondre dans la population à Montréal. Mais pour ses concitoyens de Sainte-Flavie, la porte de la Gaspésie, et pour les responsables du programme de football de l’école Mistral de Mont-Joli, il est un symbole de fierté.
Son cheminement constitue également un fleuron pour les programmes de football qui se donnent dans les écoles et institutions académiques du Québec.
« J’ai commencé à jouer au football en secondaire V, indique Lavoie, un colosse faisant six pieds deux pouces, 240 livres, qui a fait sa marque comme centre-arrière.
« Ça fait partie du programme sport-études et l’équipement appartient à l’équipe. C’est beaucoup moins cher que jouer au hockey.
« Les frais d’inscription s’élèvent entre 200 et 300 $, ce qui est quand même abordable. Malgré tout, je connaissais des gars dont les parents n’avaient pas les moyens de verser une telle somme. »
L’été, Lavoie se faisait les bras en travaillant sur les fermes environnantes, lui dont le père est électricien.
Petit cousin de J.-P. Roy
Il n’est pas la seule célébrité dans la famille puisqu’il est le petit-cousin de Jean-Philippe Roy, membre de l’équipe canadienne de ski alpin.
Lavoie a vécu de belles années quand il est allé étudier à Québec.
« J’étais content d’aller à Laval et d’aider l’équipe, dit-il.
« D’où je viens, c’était un peu un rêve. Je me voyais terminer mon bac et passer au marché du travail. »
Mais son destin en a voulu autrement.
Pour l’instant, il est footballeur à plein temps. Outre ses coéquipiers, il ne connaît pas encore grand monde à Montréal.
Son amie de cœur vient lui rendre visite entre ses cours et ses travaux en criminologie à l’Université Laval.
Au travail, toutes ses pensées vont au football.
Le rôle de pompier, ce sera pour plus tard.