Après 33 ans de pourparlers infructueux avec le gouvernement, les Attikameks ont pris le taureau par les cornes depuis deux semaines. Routes bloquées, crise forestière, blitz de négociations : la communauté autochtone tente plus que jamais de conclure une entente de cogestion du territoire.
« Ce sont les négociations de la dernière chance, prévient le Grand chef de la communauté attikamek d’Opitciwan, Christian Awashish. Il faut que ça change. »
Mardi, les Attikameks ont annoncé la levée du blocus sur le territoire du Nitaskinan, d’une superficie de 67 000 km2 carré, en Haute-Mauricie.
Depuis le 25 juin dernier, cinq barrages routiers avaient été érigés, dont un sur la route 25 entre La Tuque et Wemotaci, et un autre entre les hameaux de Parent et Clova.
Les forestières visées
Les Attikameks bloquaient les opérations forestières en empêchant les camions transportant du bois de sortir du territoire.
La Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (CN) a aussi été touchée par le blocus. Or, les Attikameks ont rapidement cessé de bloquer la voie ferrée après que la direction du Canadien National eut obtenu une injonction et eut imposé à ses trains de rouler à très basse vitesse sur le territoire concerné.
La mise en place du blocus est le résultat direct de l’attribution par le gouvernement du Québec du volume de bois de 268 500 m³ de la scierie de Saint-Séverin, qui a fermé ses portes récemment, à la compagnie forestière Kruger.
La nation attikamek d’Opitciwan, qui gère aussi une scierie, avait manifesté de l’intérêt pour ces volumes, situés sur ses terres.
Un « ras-le-bol »
« Quand on a vu que ces volumes (de bois) ne nous revenaient pas et qu’on n’était encore une fois pas considérés par le gouvernement, on a eu un ras-le-bol, explique Christian Awashish. On vit en plein cœur d’un territoire forestier et on n’est même pas capable d’aller chercher nos ressources. »
Actuellement, la scierie d’Opitciwan, qui emploie 130 personnes, fonctionne au tiers de sa capacité.
Les pourparlers au sujet d’une entente de gestion du territoire du Nitaskinan remontent à plus de 33 ans.
Bien que les gouvernements provincial et fédéral aient reconnu la validité de la revendication territoriale des Attikameks en 1979, aucune entente de copropriété n’a été signée jusqu’à présent.
Les revendications
Parmi les revendications de la communauté, on note la mise sur pied d’une cogestion du territoire, l’accès aux ressources naturelles du Nitaskinan et des mécanismes de redevances sur l’exploitation du territoire.
Le 3 juillet dernier, une réunion spéciale a eu lieu entre les représentants attikameks et ceux du gouvernement provincial.
Les ministres Geoffrey Kelley (Affaires autochtones), Julie Boulet (Emploi et Solidarité sociale) et Clément Gignac (Ressources naturelles et Faune) étaient présents.
Or, l’absence du premier ministre Jean Charest a été mal accueillie par les délégués attikameks.
« Quand tous les leaders politiques d'une nation se déplacent pour rencontrer les leaders d'une autre nation, comment interpréter le silence du premier ministre ? C’est de l'indifférence ou du mépris ? », a questionné la Grand chef de la nation attikamek, Eva Ottawa.
Le lendemain, une lettre signée par Jean Charest confirmant l’intention du gouvernement de négocier a été envoyée aux chefs attikameks.
Résultats obligatoires
En lien avec cette ouverture, les Attikameks ont présenté lundi dernier une entente-cadre pour la mise en place de négociations sérieuses avec « obligations de résultats ».
Ainsi, ils ont accepté de lever le blocus jusqu’au 30 août.
« On a bon espoir que ça va fonctionner, mais c’est clair qu’on va recommencer le blocus si on n’a pas de résultats, conclut Christian Awashish. Il faut que nos vies changent. »
« Les gens ont de grandes attentes et on va travailler pour y répondre, ajoute Eva Ottawa. Mais, si ça n’avance pas, on va regarder les actions qu’on peut entreprendre. »