Il y a quelques jours, Jeanne Reynold, une des leaders de la CLASSE, surprenait Anne-Marie Dussault, à l’émission 24h en 60 minutes. L’animatrice lui demandait si la CLASSE entendait respecter le résultat des prochaines élections. Question simple, réponse simple, non?
Sa réponse ? On verra. On verra après la discussion du congrès de la CLASSE. On verra si la CLASSE reconnaît la légitimité de ces élections. Autrement dit, on verra si la CLASSE reconnaît en principe le pouvoir de l’Assemblée nationale.
On le savait déjà. Avec son appel répété à la désobéissance civile, la CLASSE nous avait rappelé qu’elle se croyait en droit de décider des lois qu’elle suit ou non. Mais là, elle va beaucoup plus loin. Elle se donne le droit de contester les fondements de la démocratie québécoise.
Bêtise idéologique
Est-ce bien cela la « contestation globale » dont se réclame la Classe ? Est-ce que la pseudodémocratie directe dont elle se réclame lui donne tous les droits ? Imaginons que le Conseil du patronat soutienne une même chose, puis décide une grève de l’impôt, serions-nous aussi indulgents ?
Mais cette bêtise idéologique vient de loin. La gauche radicale des années 1970 répétait bêtement : élections, pièges à cons. Elle y voyait une illusion bourgeoise. Un cirque mis en place par les dominants pour amuser le peuple. Pour lui faire croire qu’il avait le pouvoir.
Le problème est plus profond. Pour la gauche radicale, on ne devrait pas se fier au peuple réel. Pourquoi ? Parce qu’il serait manipulé. Par les grands médias. Ou encore, parce que le peuple serait bourré de préjugés.
En fait, pour la gauche radicale, soit le peuple veut la révolution, soit il est aliéné. Il est à gauche ou n’apparaît qu’à la manière d’une masse de crétins sous-informés pas assez éclairés pour comprendre leurs propres intérêts.
La vérité serait dans la contestation radicale. De là la grève dite sociale et les appels à la grève générale pour l’automne qui vient. Il faut épuiser les institutions. Comme si nos institutions étaient pourries de l’intérieur.
De même, ces derniers mois, la CLASSE et ses compagnons de route n’ont cessé de vanter la supériorité de la rue sur le Parlement. Gabriel Nadeau-Dubois a même soutenu qu’il fallait renverser le gouvernement libéral par des élections ou « par un autre moyen ». Lequel ?
Programme anticapitaliste
Nous voyons donc la vraie nature de la CLASSE. Cette organisation a instrumentalisé la grève étudiante pour mettre de l’avant un programme anticapitaliste massivement désavoué par la population. Elle ne me croit pas ? Qu’elle se fasse élire. Oups. Elle ne croit pas aux élections.
Pourtant, depuis le début de la crise étudiante, j’ai cru que Gabriel Nadeau-Dubois était plus raisonnable qu’il ne le laissait croire. Qu’il radicalisait artificiellement son discours pour plaire à sa base.
Je lui pose la question. Gabriel Nadeau-Dubois, respecterez-vous les résultats de l’élection québécoise à venir ? Désavouez-vous publiquement Jeanne Reynold ? Aussi imparfait soit-il, acceptez-vous la légitimité de notre système démocratique ?
Pour l’instant, la CLASSE n’est plus un interlocuteur responsable. Elle fait partie du problème, pas de la solution. Il serait plus que temps que ses alliés étudiants de la FECQ et de la FEUQ rompent avec elle.