Sur la monotone autoroute 20, il y avait jusqu’à tout récemment, entre Montréal et Québec, le restaurant kitsch par excellence pour nous distraire avec ses dinosaures grandeur nature : le Madrid. Sur la voie rapide de la Rive-Nord, il y a une ville trop souvent ignorée, malgré son importance patrimoniale : Trois-Rivières.
Qui a fondé Trois-Rivières, le 4 juillet 1634 ? Un dénommé Laviolette, dont on sait si peu de chose que son véritable nom ne fait pas consensus. Était-il Nicolas Goupil ou, selon une autre théorie, un certain Théodore Bochart du Plessis (lointain ancêtre d’un certain Maurice Duplessis) ?
Mise à l’écart par l’autoroute Félix-Leclerc, la ville de Trois-Rivières a son chemin du Roy qui recèle nombre de trésors historiques remontant à la Nouvelle-France. C’est au lieu-dit « des trois rivières » que fut établi le deuxième plus important poste de traite des fourrures, à la demande du chef algonquin Capitanal, un grand allié des Français.
Depuis 13 ans, André Beauchesne et Marc Ducharme, un historien militaire, nous transportent dans le temps avec le Rendez-vous des coureurs des bois. Saluons l’entêtement de tous ceux qui rendent cet événement possible. Ils comblent le vide laissé par l’école, qui trahit sa mission.
Et que dire des deux conseillers municipaux qui s’opposent à la tenue de cet événement pédagogique ? Ils sont la preuve que l’ignorance gagne parfois ses élections…
Détente avec les Mohawks
La semaine dernière, j’ai eu l’honneur de présider ce coloré et instructif Rendez-vous des coureurs des bois. Un Amérindien Agnier, ou Mohawk, Gilles Roberge, m’a offert une inestimable œuvre d’art : un bâton de marche. On est donc loin de l’époque où les Warriors de 1990 m’envoyaient des balles de carabine par la poste pour me menacer de mort… De son côté, un porte-parole militaire français, le baron Georges Savarin de Marestan, m’a consacré Chevalier de Montcalm. (Eh bien… quel honneur ! Va-t-il falloir que je me fasse appeler Sir Proulx ?)
Malgré un soleil de plomb, le Rendez-vous des coureurs des bois a attiré près de 7 000 personnes. Pour rappeler l’époque, il y avait un peu de tout : des tipis, un dépôt militaire, une cuisine ancestrale, sans oublier le curé François Doucet, qui a officié une messe qui nous a transportés, parfois en latin, au temps très religieux des Radisson et Desgroseillers.
À Trois-Rivières, on sent la présence de Pierre Boucher, qui fut anobli par Louis XIV et qui gouverna la ville. Cet homme épousa une demoiselle Chrétien – tiens, tiens, tiens… Et dans les terres à l’arrière de cette ville, d’autres témoins de la Nouvelle-France sont là, qui vous attendent, tel le moulin seigneurial de Pointe-du-Lac, le manoir Boucher de Nivervile (juste à côté de la résidence de Maurice Duplessis), les forges du Saint-Maurice et le couvent des Ursulines.
Une ville qui bouge
Le maire Yves Lévesque me fait penser à Régis Labeaume ; avec lui, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis et il voit grand.
Il imagine déjà la bordure de son majestueux Saint-Laurent consacrée à la culture, aux sports et aux loisirs.
Quant à Daniel-Yves Durand, qui a ouvert sur le bord du fleuve le Poivre Noir, le seul restaurant cinq étoiles en dehors de Montréal et Québec, il n’a que des éloges pour sa ville.
Serge Savard a pour sa part des marrons sur la plaque chauffante pour réactiver l’hippodrome.
Je saute le Grand Prix (qui existe depuis 1967), les courses de motos, le théâtre Thompson, les musées du centre-ville, les bâtisses retapées et la rue Badeaux, qui exhibe l’art visuel, etc.
Trois-Rivières nous donne la preuve qu’assouplir sa bureaucratie, ça dynamise une ville !