Réaliser l’indépendance du Québec est un objectif noble et légitime. Mais imposer une modification géo-politique radicale à un pays qui n’en veut pas serait aussi une entreprise difficile et périlleuse. Minimiser les difficultés de ce combat, comme le PQ semble vouloir le faire en ce moment, n’est pas la meilleure façon de nous y préparer.
La désinvolture un peu badine avec laquelle le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, traite l’information, révélée dans le Journal d’hier, voulant que les premiers ministres Stephen Harper et Jean Charest aient profité de leur présence au sommet de la francophonie à Québec le mois dernier pour avoir une rencontre privée et discrète, peut laisser perplexe.
( Cette rencontre suivait deux autres rencontres entre M. Charest et l’ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney, que M. Harper avait organisés, pour discuter de la situation politique au Québec.)
Désinvolture un peu badine
D’abord, M. Gaudreault se « réjouit de ce que le premier ministre du Canada s’inquiète de voir le PQ au pouvoir », comme s’il s’agissait d’un bon tour qu’on se prépare à lui jouer. M. Gaudreault exige que le contenu des discussions entre les deux hommes soit rendu public. Il soupçonne que le fédéral mettra la pédale douce avec les coupes de postes fédéraux au Québec pour faciliter la vie de Jean Charest durant la prochaine campagne. M. Gaudreault demande : « est-ce qu’il y a une entente qui se dessine entre les deux ? »
Si c’est de la naïveté politique de la part de M. Gaudreault, on s’étonne de l’entendre commenter en public un sujet aussi important. Mais si les propos de M. Gaudreault reflètent la philosophie de son parti - voulant que l’indépendance « lite » soit inévitable, et qu’elle soit favorisée par l’indifférence du Canada anglais, et bien, il y a clairement lieu de s’inquiéter d’une telle insouciance.
Bien sûr qu’il existe une entente entre MM Harper et Charest ! Ils sont deux premiers ministres fédéralistes ! Le PQ a peut-être fini par croire sa propre rhétorique (Canada = agresseur, Québec = victime), mais dans la vraie vie, dans la realpolitik, c’est le Canada qui voit son intégrité politique, géographique, économique et culturelle menacée par une résurgence du PQ. L’entente entre les deux premiers ministres va bien plus loin que des « farfinages » d’élections. Ni M. Harper ni M. Charest - ni leurs éventuels remplaçants - ne laisseraient une telle menace se déployer sur leur juridiction sans mobiliser toutes les énergies pour la contrer.
Harper se prépare, c’est tout
Croire le contraire serait irresponsable et suicidaire.
Le Canada se comporte envers les aspirations du Québec un peu comme les Québécois envers les revendications des autochtones : quand ils ne protestent pas, on les ignore.
Mais, déjà, dans les médias du Canada, on commence à s’inquiéter : Harper n’a pas de représentation solide au Québec. Qui au Québec défendrait le Canada cette fois ? Qui aurait le mandat de négocier au nom d’un « Rest of Canada » qui n’aurait aucune existence légale ?
Cette semaine, le magazine Maclean’s révèle que Stephen Harper a été le premier chef d’État à appeler le président français François Hollande - sur son cellulaire personnel - pour le féliciter le soir de son élection, et que, lorsqu’à Londres pour la célébration du jubilée de la Reine, M. Harper a fait un détour sur Paris pour « cultiver » sa relation avec M. Hollande. Pourquoi, croyez-vous ?
Même s’il espère sûrement ne jamais en arriver là, M. Harper ne fait que se préparer à ce qui serait le combat de sa vie : protéger l’intégrité du pays qu’il gouverne.
On a l’impression que le PQ fait exactement la démarche contraire, en minimisant la difficulté du combat qu’il espère de toute force livrer bientôt.
Ce jovialisme politique est plutôt inquiétant.