Le gynécologue Gilles Mercier est radié pour deux mois en raison de retards dans les dictées de ses dossiers. Un verdict qui se répercute directement sur plusieurs de ses patientes, qui ne pourront accoucher avec lui.
« Je suis vraiment choquée, déplore Cindy Fournier, une de ses patientes. Nous sommes encore plus pénalisées que lui. C’est comme si on nous disait que c’est banal accoucher ! »
Radié deux mois
Enceinte de 35 semaines, cette mère d’un garçon de trois ans a été suivie par le Dr Gilles Mercier pour ses deux grossesses à l’Hôpital général du Lakeshore.
Or, cette dernière vient d’apprendre que son gynécologue est radié pour deux mois, depuis le 11 juillet dernier.
Les faits reprochés au Dr Mercier remontent à 1998. Chef du département de gynécologie de l’hôpital depuis 2006, il a pris du retard dans ses dictées de protocole opératoire « dans un délai raisonnable. »
Une première lettre lui a été remise à ce sujet en 1998. À la suite d’une autre inspection, d’autres recommandations à cet effet lui ont été transmises en 2008.
Dans le document du Conseil de discipline, le Collège des médecins indique que le Dr Mercier avait 368 dossiers incomplets en date de février 2009.
On peut aussi lire que le gynécologue avait l’obligation de remplir de 200 à 300 protocoles par année. À la veille de l’audition, le 17 juin 2010, le Dr Mercier avait finalement rempli tous les dossiers.
Pénurie de personnel
En 40 ans de pratique, le Dr Gilles Mercier n’a aucun antécédent disciplinaire. Dans le document du Conseil, le gynécologue a expliqué ces retards en raison de la lourde charge de travail.
Il a souligné qu’en 2006, le nombre de gynécologues est passé de 12 à 3 à l’hôpital, et qu’il réalisait en moyenne 440 accouchements par année. Selon lui, le département aurait été obligé de fermer s’il avait cessé de pratiquer.
Par ailleurs, il a indiqué que son emploi du temps était complet pour les 16 prochains mois, et qu’une radiation temporaire annulerait forcément les rendez-vous de 120 patientes par semaine.
Le verdict tombe
Le 4 mars 2011, le verdict du Conseil de discipline est tombé : une radiation temporaire de deux mois et une amende de 15 000 $.
Le Dr Mercier a ensuite porté cette décision en appel. Le 28 juin dernier, le Tribunal des professions a maintenu la décision, mais a réduit l’amende à 14 000 $.
Durant la période de radiation, toutes ses patientes seront prises en charge par un autre gynécologue de l’hôpital. Pour Cindy Fournier, qui doit accoucher d’une petite fille le 19 août prochain, cette situation est loin d’être idéale.
Pas de faute médicale
« Je suis suivie par quelqu’un que je ne connais pas, et je ne sais même pas qui va m’accoucher, dit-elle. Il aurait dû écoper d’une amende exemplaire, mais pas d’une radiation. Il n’a même pas fait de faute médicale. C’est vraiment de la bureaucratie. »
Cette dernière se rassure toutefois puisque ce n’est pas sa première grossesse.
« Une chance que je sais ce que c’est, ajoute-t-elle. On est vraiment laissé à nous-mêmes. »
Hier, le Dr Mercier n’avait pas rappelé au Journal.