Alors que les noyades se multiplient depuis le début de l’été, toutes les raisons semblent bonnes pour ne pas porter le gilet de sauvetage. Le Journal a patrouillé avec l’escouade nautique de la Sûreté du Québec (SQ) et a entendu plusieurs excuses, parfois loufoques, de gens qui boudent la ceinture de flottaison.
« Mettre un gilet de sauvetage, ça sauve une vie. Je ne comprends pas pourquoi les gens ne le portent pas », dit Johnny Drolet, coordonnateur provincial de la patrouille nautique à la SQ.
Cette semaine, le Journal a participé à une patrouille nautique sur la baie Saint-François, à Salaberry-de-Valleyfield. À bord de leur bateau, des policiers sillonnent les plans d’eau, partout au Québec.
Comme une autopatrouille sur l’autoroute, le bateau de la SQ est muni d’un gyrophare et émet des signaux sonores pour avertir les plaisanciers.
La majorité des plaisanciers rencontrés par le Journal respectaient les règles de sécurité. Tous avaient une ceinture de sauvetage dans le bateau, comme le prévoit la loi. Mais une seule personne d’âge adulte la portait.
Mauvaises raisons
« C’est parce que j’ai peur de l’eau », a indiqué Sonia Amyot. Dès qu’elle met le pied dans une embarcation, elle enfile sa veste de sauvetage. Même chose pour ses enfants.
Mais son conjoint Sylvain Pigeon, lui, n’en ressent pas le besoin. Pourquoi ? « Je ne sais pas… parce que les autres ne le font pas… », laisse-t-il tomber.
Une excuse qui n’impressionne pas Johnny Drolet. « Tant qu’à l’avoir dans le bateau, pourquoi ne pas la mettre ? Parce que ce n’est pas cool ? Ce n’est pas une bonne raison », indique-t-il.
Interpellés lors de la patrouille nautique jeudi, un homme et sa conjointe ont d’emblée dit qu’ils n’aimaient pas porter leur veste de sauvetage. « C’est plus difficile de bronzer », avoue Armand Rousseau, en ajoutant qu’il ne sait pas nager.
« Mais je garde mon gilet de sauvetage proche, au cas où… », précise-t-il. Selon Johnny Drolet, plusieurs plaisanciers embarquent sur l’eau sans vraiment se soucier des risques.
Il fait notamment référence aux dangers de l’immersion en eau froide. « Lorsque l’eau est froide, le corps peut subir un choc thermique, ce qui cause une noyade », dit-il.
Traître
« Ça peut être traître, sur l’eau, ajoute-t-il. Souvent, tu n’as pas droit à une deuxième chance. » Selon lui, trop de gens ont tendance à « sous-estimer le danger ». « On a un sentiment de sécurité qui n’est pas réel », précise-t-il.
Parmi les infractions notées durant les patrouilles, outre le non-port du gilet de sauvetage, on remarque souvent des manquements au niveau des équipements.
Extincteur de fumée, ligne d’attrape, ancre, rames. Bien souvent, ces items essentiels pour naviguer sur les eaux sont déficients ou manquants.
« Si on demande d’avoir de l’équipement à bord, il y a des raisons. C’est pour sauver des vies ou se sauver nous-mêmes, insiste le sergent Drolet. « Sur l’eau, c’est pas comme sur la terre. Tu ne peux pas avoir des secours aussi rapidement si un accident arrive », insiste-t-il.
Quelques interventions
Jean-Philippe Vallée n’avait ni les papiers de son bateau ni son permis de compétence. Deux infractions qui lui ont coûté cher : 317 $ pour chaque contravention. « Je suis en tort. Mais je ne pensais pas que j’enfreignais la loi pour 634 $ », a-t-il dit, l’air irrité.
S’ils notent une infraction, les policiers peuvent remettre une ou des contraventions aux plaisanciers fautifs. Johnny Drolet l’avoue, les amendes sont plutôt salées. Lorsque les gens contreviennent aux règlements, les policiers peuvent carrément les expulser du plan d’eau.
Johnny Drolet explique à des plaisanciers quels équipements sont requis sur leur bateau. « C’est avant tout un travail de prévention et d’éducation », indique-t-il.
Stéphanie et Cassandra Meese venaient de mettre à l’eau leur motomarine nouvellement achetée. Elles ont reçu un avertissement : leur lampe de poche, obligatoire, n’avait pas de piles. Une infraction qui leur aurait pu leur valoir une contravention de 200 $.