Donald Fehr n’apprécie pas du tout le concept du plafond salarial. Encore moins le concept du plancher salarial.
Et comme je le précisais, mardi, c’est justement sur le système que prône présentement la Ligue nationale de hockey que l’enjeu de la présente négociation en vue d’une nouvelle convention de travail va soulever les discussions.
Il n’est pas question que les joueurs sacrifient une fois de plus un pourcentage élevé de leurs salaires pour ramener les propriétaires à l’ordre. De toute façon, pour le nouveau patron de l’Association des joueurs de la Ligue nationale, c’est carrément perdre son temps. Les propriétaires étant ce
qu’ils sont, ils ne changeront jamais leur philosophie vis-à-vis la victoire.
Tant et aussi longtemps qu’ils le pourront, plafond salarial ou pas, ils dépenseront de gros sous.
Situation problématique
Par conséquent, les arguments qu’apportent Bettman et ses acolytes ne collent pas à la réalité dans l’optique des membres de l’Association des joueurs. Comment exiger des baisses colossales au chapitre des salaires et quelques jours plus tard, offrir 98 M$ à chacun des deux joueurs, Ryan Suter et Zach Parise, et également faire une offre hostile de plus de 100 M$ à Shea Weber ?
Ça ne tient pas. Si comme le suggéraient quelques intervenants près du dossier, on doit inviter Shea Weber à ne rater aucune séance de négociations. Le défenseur des Predators de Nashville qui avait signé une entente avec les Flyers de Philadelphie, est le meilleur exemple que le système de Bettman ne tient pas la route. On veut l’équilibre budgétaire, mais les conditions gagnantes ne sont tout simplement pas là.
Imaginez un instant une séance de négociations avec d’un côté le propriétaire du Wild du Minnesota, Craig Leipold et le président des Flyers de Philadelphie, Ed Snyder, et de l’autre côté de la table, Ryan Suter et Zach Parise du Wild et Weber des Predators. Vous réunissez autour d’une même table les raisons pour lesquelles la formule que proposent les propriétaires ne peut pas fonctionner.
Que faire alors ?
Fehr devrait déposer cette semaine son document ou au plus tard la semaine prochaine quand il aura pris connaissance des bilans de chacune des équipes de la ligue. On peut être certain que Fehr aura plusieurs arguments pour les propriétaires que le partage des revenus apporterait de meilleurs résultats que le plafond salarial. Je vous en faisais part, mardi, et, le Globe and Mail, dans sa livraison d’il y a deux jours, informait que l’Association des joueurs allait présenter un document basé sur le partage des revenus, un système qui a permis au baseball de retrouver sa popularité et qui a permis à ce sport d’éviter les conflits de travail.
La bataille, les amis, va se jouer sur deux philosophies bien différentes.
N’allez pas croire que les équipes riches de la Ligue nationale de hockey vont applaudir un système de partage des revenus. Bien au contraire, elles vont s’y opposer parce qu’elles détestent verser des millions de dollars dans une caisse pour venir en aide aux équipes moins fortunées.
Le baseball par ailleurs s’est rapidement adapté à ce système. Ce qu’on dit en résumé c’est que si les Yankees de New York peuvent se permettre une masse salariale de plus de 200 M$, alors ils sont en mesure de contribuer largement au partage des revenus cette concession jouissant de revenus exceptionnels provenant des droits locaux de télévision. C’est la même chose pour les formations évoluant dans les grands marchés, notamment en Californie. Et la NBA, également, impose un pourcentage élevé pour le partage des revenus aux équipes riches.
Ce que Fehr se propose de dire aux propriétaires de la Ligue nationale, c’est que vous avez de l’argent dans les coffres. Le Canadien, les Maple Leafs, les Rangers, les Flyers, les Blackhawks, les Bruins, les Kings, les Canucks, vous avez de l’argent. Pas de problème. Vous pouvez la dépenser comme vous l’entendez, mais n’oubliez pas qu’en fin de compte, il vous faudra contribuer plus largement que les autres au partage des revenus. C’est de cette façon qu’un sport se maintiendra en bonne santé.
Pas bête du tout
Certains diront que l’on n’aura pas la parité que l’on connaît présentement. Pas certain de ça. Les équipes compétitives ont de l’argent mais aussi, elles sont dirigées par des gens compétents.
Fehr voudra implanter son système. Il ne veut plus que les joueurs soient constamment sollicités par Bettman et son groupe pour réparer les erreurs des propriétaires. Ces derniers, c’est certain, vont se montrer peu réceptifs à la proposition de l’Association des joueurs.
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Un lockout.
À moins que les propriétaires endossent la suggestion émise par Fehr, il y a quelques mois, alors qu’il affirmait : « Devons-nous sincèrement aller en lockout pour résoudre nos problèmes ? On peut toujours amorcer la saison sous le régime actuel et poursuivre les négociations… »
Est-il besoin de préciser que les propriétaires de la Ligue nationale repousseront du revers de la main cette proposition… à moins d’un revirement inattendu.