Quelle mouche a piqué Pauline Marois pour lui faire décider de catapulter la candidate vedette Djemila Benhabib à Trois-Rivières ? Une mouche à chevreuil, sans doute !
Mais Pauline se souvient peut-être que ce fief tricoté serré a fait l’histoire en élisant Ézékiel Hart, le premier député juif de toute l’Amérique, en 1807 ?
Depuis l’élection, à Shawinigan, de l’ancienne barmaid anglophone dans un comté de Mauricie qui lui était étranger, je m’attends à tout de la part des gens de ce coin du Québec ! Ruth-Ellen Brosseau se fait apprécier de ses électeurs ; les qualités d’écoute que requiert le métier de barmaid servent apparemment aussi en politique !
Parlant d’écoute, c’est une des forces de Djemila Benhabib. Elle respecte sa société d’accueil, le Québec ; alors pourquoi ne respecterait-elle pas Trois-Rivières, où elle promet de s’installer même en cas de défaite ?
Immigrante exemplaire, Djemila est capable de prendre racine là où elle s’installe.
Quand même, je me demande pourquoi on l’a envoyée à Trois-Rivières plutôt qu’ailleurs… Je pense à une autre musulmane admirablement bien intégrée au Québec, Maria Mourani, qui siège pour le Bloc à Ahuntsic, un quartier plus ethniquement bigarré. En leur bombardant une vedette pour candidate, le PQ a peut-être heurté l’honneur trifluvien… car on n’aime pas se faire imposer quelqu’un de l’extérieur.
Un 4e mandat libéral ?
Cette campagne qui avait déjà lieu avant de commencer s’annonce riche en entourloupettes et en insultes. On va dépeindre Pauline Marois comme une fanatique du carré rouge (ce qui est exagéré) et comme une maladroite joueuse de couvercles de casserole en cymbales (ce qui est vrai). On va nous dépeindre Jean Charest comme un menteur lénifiant et un manipulateur (ce qui est doublement vrai).
Je ne me souviens pas d’avoir vu un électoralisme aussi grossier que celui du gouvernement sortant, qui s’est servi des fonds publics pour parsemer ici et là des « cadeaux » en échange de votes avant le déclenchement officiel de la campagne.
Cela dit, il y a du suspense. Tout est possible.
L’opposition au PLQ se divise en deux grands partis : la CAQ et le PQ lui-même grugé par des petits partis radicaux qui pourraient lui ôter des votes chez les jeunes… surtout si ça dégénère avec le retour en classe à la mi-août, ce que doit espérer Jean Charest !
Le record de Maurice Duplessis – de trois mandats consécutifs – sera peut-être finalement battu.
Le jeune Léo
Au Québec, il y a une jeunesse qui danse, mais aussi une jeunesse qui pense, et c’est le cas de Léo Bureau-Blouin, candidat péquiste à Laval-des-Rapides. Ce jeune homme s’exprime bien ; pour cela, je ne serais pas fâché que sa voix, claire et éloquente, retentisse à l’Assemblée nationale.
Au Parti libéral, on est allé conquérir d’anciens adéquistes… L’un de ces « néo-libéraux » (permettez-moi ce jeu de mots), Pascal Forget, qui souhaite reconquérir Joliette, affirme se soucier de la seule gestion des finances publiques. Pauvre naïf ! Jean Charest n’a fait qu’augmenter la pire dette du Canada, et l’on ne peut pas dire que le phénomène de la corruption se soit atténué sous sa gouverne.
François Legault, tout en n’étant pas un discoureur à la René Lévesque, exprime pour l’instant les préoccupations populaires les plus pressantes : il dénonce l’immobilisme du gouvernement, la dette qui ne cesse d’augmenter, les délais d’attente dans les hôpitaux, etc. Il a raison de vouloir nous débarrasser des commissions scolaires. Hélas pour lui ! Il a admis trop de trudeauistes dans son parti pour oser réagir à l’anglicisation systématique qui affaiblit une loi qui lui était si chère jadis : la loi 101.