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Justice | Prisons

Pire au palais qu’à Bordeaux

Depuis samedi, des détenus purgent leur peine au palais de justice de Montréal le week-end

Pire au palais qu’à Bordeaux
Photo Le journal de Montréal, Sarah Bélisle
Daniel Lalonde s’apprête à entrer au palais de justice de Montréal pour y purger sa peine, samedi matin. Il aurait préféré continuer à être détenu à la prison de Bordeaux.
Pire au palais qu’à Bordeaux
Photo Le journal de Montréal, Sarah Bélisle
Daniel Lalonde s’apprête à entrer au palais de justice de Montréal pour y purger sa peine, samedi matin. Il aurait préféré continuer à être détenu à la prison de Bordeaux.

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La prison de Bordeaux prend des allures d’hôtel cinq étoiles dans l’esprit de détenus qui doivent dorénavant purger leur peine au palais de justice de Montréal la fin de semaine.

« Ça n’a rien à voir avec l’autre place (la prison de Bordeaux). Avoir le choix, je retournerais là-bas. Il me reste au moins 24 fins de semaine à faire. Ici, je vais virer fou », insiste Mike quelques minutes après sa sortie d’une des cellules au sous-sol du palais de justice.

Le jeune homme purge sa sentence par intermittence. Il se retrouve derrière les barreaux la fin de semaine. Le reste du temps, il est libre.

Si Mike devait auparavant se présenter à la prison de Bordeaux pour sa détention, c’est plutôt au palais de justice qu’il doit se rendre depuis samedi.

Et il n’est pas le seul. Ils sont une cinquantaine de détenus à avoir été ainsi désignés.

Le ministère de la Sécurité publique en a décidé ainsi afin de diminuer le nombre grandissant de prisonniers que compte Bordeaux. Le pénitencier menace de déborder sous peu.

Pas de télé

Découragés, les détenus en avaient gros sur le cœur à leur sortie hier. La liste de leurs doléances est longue. Elle est pratiquement la même d’un détenu à l’autre.

« Ici (au palais de justice), on n’a pas de télévision. On n’a pas de douche, pas d’oreiller, pas de place pour marcher. On a dormi sur des matelas par terre. Ils n’ont pas fermé les lumières pour la nuit. On n’est pas sortis de nos cellules du tout », énumère Dominique, qui souligne que la propreté de l’endroit laissait à désirer.

Contrairement à Bordeaux où il y a toutes ces choses, explique Dominique.

Ce père de famille a du mal à croire qu’il devra passer ses samedis et dimanches là. « Je n’ai pas le goût de revenir du tout. Je vais appeler mes avocats, voir s’ils ne peuvent pas faire quelque chose. Je ne veux pas revenir ici », répète-t-il.

Découragement

« C’est décourageant, poursuit Dominique en enchaînant cigarette sur cigarette. Le palais, ce n’est pas fait pour les détentions de fins de semaine. C’est pour les transferts pendant les procès le jour et c’est tout. »

Les gardiens ont noté les plaintes des prisonniers et promis d’essayer d’améliorer les conditions de détention, convient-il. Mais Dominique n’en croit rien.

Pas plus que Steve qui glisse que « c’est pas mal rough ici par rapport à l’autre place (Bordeaux). Ce n’est pas humain ».

Un codétenu à ses côtés acquiesce. « Un chien est mieux traité que ça », assure-t-il avant de débarrasser les lieux aussi vite que possible.

Plusieurs détenus mentionnent le peu de nourriture, froide de surcroît, qu’ils ont reçu.

Avant même d’y entrer samedi matin, la bande de prisonniers craignait déjà le pire.

La nouvelle avait alors circulé rapidement parmi la cinquantaine d’hommes qui attendaient devant le palais de justice leur tour pour entrer. Ici, il n’y a pas de télévision dans les cellules.

« Ça va être long pas de télé. Là-bas (à la prison de Bordeaux), on en avait. Le week-end passé, on a regardé les Olympiques. Là ça va être vraiment long », s’inquiète Georges dont l’anxiété a monté d’un cran à quelques minutes de son incarcération.

« Je sais qu’on a fait des erreurs et qu’on est ici pour payer pour, mais... », laisse-t-il tomber, levant les bras dans un geste de dépit.

« Mais c’est bien pire ici », résume Daniel. Pourquoi nous et pas les autres ? », déplore-t-il.

« À Bordeaux, ça me fâchait de devoir faire mon temps, mais au moins c’était humain », ajoute Stéphane, à ses côtés.

Vide d’habitude

Le centre de détention du palais de justice est d’ordinaire réservé aux détenus qui subissent un procès au palais. Il est vide le week-end.

Ainsi, des agents correctionnels ont dû être mobilisés afin de permettre la surveillance des nouveaux prisonniers.

Le ministère de la Sécurité publique n’a pas donné suite aux demandes d’entrevues du Journal.

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