Après une semaine où la CAQ a clairement étonné, la nouvelle n’est plus que le résultat de cette campagne est imprévisible en faveur de Marois ou de Charest, à la suite de la présence du parti de Legault dans le portrait.
On ne peut désormais exclure que François Legault soit élu premier ministre du Québec le 4 septembre. L’électorat québécois a amplement démontré sa volatilité lors du dernier scrutin fédéral.
À Québec comme à Ottawa, on a l’habitude des luttes électorales à trois ou quatre partis majeurs. Ce qui constitue une vraie première, c’est que trois personnes ont pour l’heure une chance de diriger le Québec : Charest, Marois, Legault.
C’est clairement deux de trop. L’enjeu devenant éminemment personnel, attendez-vous à une compétition féroce.
Au-delà des débats d’idées dont raffolent les intellectuels et des gaffes dont se nourrissent les médias, le gagnant risque d’être celui ou celle maîtrisant le mieux cet « instinct de tueur » indissociable du combat politique depuis toujours.
Pas de problème pour Charest, alors que Marois devra justifier son appellation de « dame de béton ». Mais qu’en est-il de Legault ?
S’il a un vrai destin politique, ce ne sera pas à la manière des géants charismatiques comme Lévesque, Trudeau ou Bouchard. Celui auquel Legault peut ambitionner de ressembler, c’est Jean Lesage.
Peu charismatique, le premier ministre qui a piloté la Révolution tranquille de 1960 à 1966 était avant tout un chef d’équipe. Il a eu à gérer des divas lui forçant parfois la main comme René Lévesque, Paul Gérin-Lajoie ou Paul-Émile Lapalme.
Équipe crédible
Si Legault n’en est pas là, il n’en reste pas moins qu’il a été capable, contre toute attente, de se constituer une équipe crédible : Gaëtan Barrette, Sylvie Roy, Gérald Deltell, Maud Cohen, Claire Samson, etc. Sans oublier Monsieur Anti-Corruption en personne, Jacques Duchesneau !
La croyance de ce dernier qu’il choisirait certains ministres liés à la lutte à la corruption montre son ignorance du fonctionnement de notre système politique. Alors que les espoirs caquistes sont immenses sans que rien ne soit acquis, cela rappelle à Duchesneau le bavard qu’il n’y a pas de pouvoir en politique sans capacité à tenir sa langue.
Surtout quand on incarne comme il le fait dans sa seule personne la lutte à la corruption !
Les ego
Legault sera-t-il capable de gérer des ego pas mal plus gros que ceux des pilotes d’Air Transat ? Lesage avait relevé le défi dans les années 60, mais il n’y avait alors ni information continue, ni Twitter, ni YouTube.
Chose certaine, le chef de la CAQ devrait arrêter de toujours donner l’impression qu’il est d’accord avec la dernière personne qu’il a consultée. Sinon la gaffe de Duchesneau ne sera que la première fausse note d’une cacophonie assurée. Ou, pour employer une autre métaphore aérienne, l’annonce de l’écrasement avant l’atterrissage…