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Le malade imaginaire

Le théâtre en vue subjective

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La Compagnie de la lettre 5 présentait mardi soir au cabaret Lion d'or la première de la pièce Le malade imaginaire, une production qui allie le classique de Molière au modernisme via une caméra immersive placée sur le front d’Argan, son protagoniste.

On ne compte plus les metteurs en scène qui revisitent Molière – parfois de manière plus ou moins flatteuse –, mais ce que nous propose René Migliaccio (directeur artistique de la Black Moon Theatre Company de New York) avec Le malade imaginaire, est aussi surprenant que séduisant.

Mettant en scène Jean-Charles Fonti dans le rôle d’Argan, Pascale Brochu (Toinette), Catherine Brunet (Béline, M. Purgon), Stéphanie Ribeyreix (Angélique, M. Florant), Denis Harvey (M. Diafoirus, Béralde), Rémy Ouellet (Thomas Diafoirus, le notaire) et Jean-Philippe Richard (Cléante), la pièce donne une nouvelle dimension au théâtre : la vision subjective.

Bâtie sur les fondations singulières du réalisme expressionniste (style de jeu original inspiré par l’expressionnisme allemand et l’art japonais, privilégiant la recherche esthétique du geste, du masque et du mouvement) l’adaptation de René Migliaccio immerge le spectateur au cœur de l’action, et de l’émotion, par l’entremise d’une caméra fixée sur le crâne d’Argan, protagoniste de la pièce.

Cette technique nous permet de suivre l’action sur deux plans : le premier dans laquelle elle se déroule « in vivo » et, le second, sur un écran géant qui projette le point de vue d’Argan en noir et blanc. Servi par une mise en scène minimaliste, le voyage initiatique entre les perspectives est totalement convaincant.

Il faut dire que la pièce de Molière se prête tout à fait à l’exercice, dans la mesure où Argan – le porteur de la caméra – passe la majeure partie de la pièce dans son fauteuil, écrasé par ses prétendues maladies. Sans quoi, il aurait été difficile de ne pas avoir des hauts le cœur à chaque mouvement trop brusque et répété de l’objectif. Il convient d’ailleurs de saluer la prestation de Jean-Charles Fonti pour sa gestion habile de la caméra, dosant ses mouvements afin de préserver le système digestif de l’auditoire.

Un peu à la manière du cinéma, cette technique nous permet de voir précisément les expressions faciales des acteurs durant les dialogues, privilège d’habitude réservé à l’auditoire placé sur les côtés de l’espace scénique.

Un jeu d’acteur précis

Inscrite dans la tradition de la Commedia dell’arte, la pièce alterne entre personnages masqués et non masqués. Jean-Charles Fonti est plus que convaincant dans son rôle d’hypocondriaque acariâtre. Le début de la scène 5 de l’acte II, lorsque M. Diafoirus vient rencontrer Argan pour parler de la future union de leurs progénitures, est savoureusement interprété. Le dialogue dans lequel les deux personnages n’ont de cesse de s’interrompre a poussé la salle à l’hilarité.

Pascale Brochu (Toinette) sert bien le ressort humoristique ancillaire, central dans l’œuvre de Molière.


• Le malade imaginaire sera joué les mardis 14 et 20 août à 20 h au Cabaret Lion d’or, à Montréal.

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