Une filature de la Sûreté du Québec (SQ) ayant pour cible l’entrepreneur Eddy Brandone, ex-dirigeant de la FTQ-Construction, aurait été stoppée par la direction du corps policier après que l’homme d’affaires eut rencontré le premier ministre Jean Charest.
C'est ce qu’a rapporté mercredi l’équipe de journalistes de l’émission Enquête de Radio-Canada.
Le 6 mars 2009, M. Brandone, qui était l’objet d'une filature serrée de la SQ depuis quelque temps, s’est rendu à l’hôtel Courtyard Marriot, à Dorval, où M. Charest rencontrait la communauté inuit. M. Brandone aurait alors échangé quelques mots avec le premier ministre.
Aussitôt après la rencontre, l’équipe de filature a reçu l'ordre de stopper l’opération. La demande aurait suscité un malaise au sein du corps policier, selon les journalistes d’Enquête.
Des enquêteurs de la SQ ont accepté de témoigner sous le couvert de l’anonymat. Chacun a interprété à sa façon la décision d’arrêter la filature. «Il y a un principe non écrit de protection du gouvernement, il ne faut pas laisser l’impression qu’une enquête criminelle s’approche du premier ministre», a confié un des enquêteurs.
Selon un autre policier, «le responsable de l’opération a tout simplement paniqué quand il a vu le premier ministre et a décidé d’ordonner le black-out (arrêt de l’opération)».
Un troisième a dit que «normalement quand on fait une filature, c’est pour voir qui le sujet va aller rencontrer et que c’était complètement inhabituel de cesser la filature».
Enfin, un quatrième a indiqué que c’était «bizarre d’arrêter la filature parce qu’ils étaient dans une étape où chaque détail compte».
La SQ a refusé de commenter publiquement l’affaire, affirmant qu’il s'agit d’éléments de preuve recueillis dans le dossier, celui l’ex-directeur général de la FTQ-Construction Jocelyn Dupuis, et a assuré que jamais il n'y a d’interférence de membres du gouvernement dans les enquêtes.
Mis au parfum de l’enquête menée par les journalistes de la Société d’État, Jean Charest a adressé une lettre dans laquelle il qualifie «d’absurde» et de «fausse», l'idée qu’il ait demandé l'arrêt de l’enquête. Il a cependant admis qu’il était «possible» qu’il ait rencontré M. Brandone le 9 mars 2009.
M. Brandone est un militant libéral de longue date. Il a été photographié en présence de Tony Tomassi ainsi que Monique Jérôme Forget.
Très inquiétant
Réagissant au reportage, le chef péquiste Pauline Marois a affirmé que Jean Charest a le devoir d’expliquer la nature de ses liens avec Eddy Brandone, croit Pauline Marois.
«C’est très inquiétant», a-t-elle alors qu’elle faisait campagne électorale.
Elle s’est interrogée sur les raisons de l’interruption de la filature de la Sûreté du Québec.
«Ce n’est pas normal qu’on stoppe une filature et c’est pour ça qu’il faut avoir des explications de la part de M. Charest», a dit la chef péquiste.