Les deux sondages (Léger Marketing–Le Devoir et CROP–La Presse) de vendredi ont constitué une bonne nouvelle pour la CAQ, qui a notablement progressé, tout en restant moins populaire que le PLQ et le PQ.
Monter trop rapidement serait dangereux pour un parti qui aurait de la difficulté à maintenir des appuis fragiles pendant des semaines où il deviendrait LA cible sur laquelle tous taperaient.
Legault peut espérer que l’effet Duchesneau continuera à percoler dans un électorat littéralement obsédé par la corruption. Le problème est qu’il y a aussi autre chose qui pourrait percoler, au détriment de la CAQ, cette fois. Il s’agit de la déclaration de Legault selon laquelle il voterait NON à un référendum.
Un moratoire de 10 ans sur la question nationale étant au programme caquiste, le NON de Legault peut sembler aller de soi, la question qui lui a été posée portant sur un référendum tenu aujourd’hui. C’est, en réalité, une erreur potentiellement majeure : l’équivalent de Pauline Marois oubliant qu’à titre de chef de parti, le port du carré rouge n’avait pas les mêmes conséquences pour elle que pour les autres péquistes.
ÉQUILIBRE BRISÉ
La grande force de départ de la CAQ, c’est de se situer en dehors du conflit fédéraliste-souverainiste, de rester ouverte aux citoyens appuyant l’une ou l’autre option. C’est ce crucial équilibre que Legault a brisé par sa déclaration, sans bénéfice pour son parti ou pour lui-même, qui se fera taxer d’opportuniste. Et à l’avantage potentiel du PQ.
Cela rappelle le funeste discours de Mario Dumont à Toronto, qui avait entamé sa crédibilité nationaliste. Flatté lui aussi que des anglophones semblent s’intéresser à son parti, c’est comme si Legault avait oublié qu’il y avait encore beaucoup de souverainistes et que les élections québécoises étaient tranchées par la majorité francophone.
Préférer de chimériques votes anglophones à leurs équivalents souverainistes, c’est pour la CAQ se prendre pour ce qu’elle n’est pas : le PLQ. Oublier que son concurrent pour l’heure dans cette campagne est clairement le PQ, encore suffisamment populaire chez les francophones pour lui assurer le pouvoir de façon majoritaire.
Le PLQ devrait normalement rester dans la course jusqu’à la fin, ne serait-ce qu’à cause d’une emprise, qui ne devrait pas s’estomper, sur les non-francophones : la « charestphobie » reste un phénomène essentiellement francophone.
MANQUE DE SENS POLITIQUE
Pour Legault, il aurait dû aller de soi de refuser de répondre à une question aussi hypothétique que son vote à un référendum. Il n’avait qu’à rappeler qu’il n’était pas question pour lui de s’embarquer là-dedans. Il est bien naïf s’il croit que ses assurances convaincront les fédéralistes militants qu’il ne reste pas, au fond, un « séparatiste ».
Cette déclaration inutile révèle un manque de sens politique qui n’augure pas bien pour l’avenir de la CAQ. Y aurait-il là-dessous du
Mario Bertrand, l’ancien « Kingmaker » libéral ?