La police de Montréal se prépare au pire depuis les meurtres de deux membres influents des Rouges, face à l’éventualité d’une riposte sanglante de cette bande contre les Hells Angels et un gang de rue parrainé par les motards, qui sont soupçonnés d’avoir lancé les hostilités.
« On a mis en œuvre un plan d’action pour sécuriser la population, prévenir de tels crimes violents et traduire rapidement devant la justice les auteurs de ces meurtres », a fait valoir l’inspecteur-chef Charles Mailloux, en entrevue au Journal, hier.
L’intensification des patrouilles policières dans les secteurs de la ville « où on sait que les membres de gangs de rue et de groupes du crime organisé traditionnel peuvent se tenir » s’avère la mesure la plus visible de cette stratégie, selon l’officier du service des enquêtes spécialisées du SPVM.
Il en a identifié un seul : les Galeries d’Anjou, où Chénier « Big » Dupuy, leader des Rouges, a été abattu, dans le stationnement de ce centre d’achats, vendredi soir.
« C’est un endroit où les gens vont en grand nombre, a dit l’inspecteur-chef. Même si la fusillade visait un individu bien ciblé, dans un véhicule, on ne veut pas insécuriser la population. Donc, c’est clair qu’on a pris possession du territoire et qu’on a augmenté nos patrouilles. »
Un marché à protéger
Qualifiant ce dossier de « priorité », l’officier a confirmé que les enquêteurs étudient sérieusement la thèse voulant que les Hells Angels, par l’entremise des Syndicates (la clique fondée avec l’aval de Maurice « Mom » Boucher durant la guerre des motards), aient commandé cet assassinat pour protéger un lucratif territoire de vente de drogue au centre-ville, que convoitait la victime.
C’est ce que le Journal rapportait hier et, selon nos informations, la Sûreté du Québec envisage le même mobile dans l’homicide de Lamartine Sévère Paul, un autre Rouge qui a connu le même sort que le chef des Bo-Gars, à Laval, vendredi soir.
La police n’écarte pas que ces meurtres représentent un message sans équivoque des motards afin de réunir les gangs d’allégeance rouge et bleue sous sa coupe. « De plus en plus, les Rouges et les Bleus ont des liens d’affaires ensemble, où le crime organisé traditionnel est aussi impliqué », a noté M. Mailloux, en évoquant les motards et la mafia italienne, affaiblie par la dissolution du clan Rizzuto.
► Fort occupée, l’escouade Eclypse – créée en 2008 avec l’aide d’une subvention de 37 M$ sur cinq ans du gouvernement fédéral pour contrer la violence des gangs de rue à Montréal – est « là pour rester », a assuré l’officier, en ajoutant qu’on négocie avec Ottawa pour reconduire l’aide financière en 2013.