Extrémiste ! Xénophobe ! On aurait pu ajouter : cannibale, serpent venimeux et vipère lubrique ! C’est ainsi qu’on a accueilli le projet de Pauline Marois d’étendre la loi 101 aux cégeps. On s’y attendait : ce sont les insultes habituelles de ceux qui ne tolèrent pas l’affirmation identitaire des Québécois.
Le projet du cégep français est pourtant fort simple. Il s’agit d’adapter la loi 101, promulguée en 1977, aux exigences de notre temps. De lui redonner son efficacité perdue. De s’assurer que le système scolaire demeure la pièce maîtresse de la francisation des immigrants.
Je rappelle un fait : aujourd’hui, le cégep n’est plus seulement une étape complémentaire dans la scolarité des jeunes. On n’y choisit pas seulement un métier. On y choisit un milieu de vie. La langue dans laquelle on vivra. On y choisit sa culture de référence.
Les chiffres sont alarmants. Près de 50 % des allophones fréquentent le cégep anglais. Le résultat est prévisible et les études le confirment : ce n’est pas en français qu’ils feront leur vie. Ils poursuivront à l’université en anglais. Et vivront en anglais. Et travailleront en anglais. Cela dans un contexte où le Québec reçoit plus de 50 000 immigrants par année. Avons-nous les moyens de perdre linguistiquement et culturellement la moitié d’entre eux ? Dans un contexte où l’idéologie multiculturaliste discrédite l’identité québécoise ?
Avec la pression de l’anglais en Amérique du Nord, on sent bien qu’un nouveau Québec se dessine. En région, on parlera français. À Montréal, on parlera anglais souvent, et les deux langues de temps en temps. C’est le retour d’une vieille manie : Speak White, le grand ! Et ne te plains surtout pas !
Délirante paranoïa
Mais je l’ai dit, on entend déjà jouer les trompettes de l’indignation. L’antinationalisme hystérique revient à la mode. Ceux qui le pratiquent se réclament de l’ouverture sur le monde. Ils accusent les autres de pratiquer la haine de l’anglophone. Délirante paranoïa. Gratuite accusation.
Dans les faits, ils nous disent autre chose : tout serait plus simple si nous n’étions plus Québécois. Si nous n’avions plus à parler cette langue distincte en Amérique du Nord. Si nous pouvions démissionner silencieusement de notre identité. Sans qu’on s’en aperçoive.
Il s’agit simplement de rappeler que, en Amérique du Nord, le français est en position de faiblesse. Et c’est l’anglais qui le menace. On en revient alors à cette vieille évidence : au Québec, « mettre les deux langues sur le même pied, c’est mettre les deux pieds sur notre langue ».
Si nous voulons que le Québec soit encore un pays français dans 50 ans, il faut prendre les moyens maintenant. Il faut en finir avec les tabous de la rectitude politique. Avec la peur de faire peur. Laisser brailler les braillards. Et appliquer la loi 101 au cégep.