/opinion/columnists
Navigation

Nous sommes catho-laïques

Coup d'oeil sur cet article

Quelle place pour le crucifix à l’Assemblée nationale ? Il s’agit d’une question importante. Elle concerne l’identité québécoise. Mais il suffit de mal la poser pour ne plus rien comprendre. On l’a vu avec la déclaration odieuse de Jean Tremblay.

Un peu d’histoire nous aidera. Retour en 1960. Avec la Révolution tranquille. Les Québécois se convainquent d’une chose : le Québec a besoin de renouveau. C’est ce qu’on appelle, de manière un peu exagérée, notre entrée dans la modernité.

Il fallait relâcher l’emprise du curé en soutane sur la vie des gens. L’Église nous avait aidés à survivre comme peuple ? Oui. On lui a dit merci. Mais il fallait passer à autre chose. Nous avons fait le projet d’une société laïque.

Au cœur de la laïcité, on trouvait un idéal : l’émancipation féminine. Ou, si on préfère, l’égalité entre les hommes et les femmes. Si, aujourd’hui, certains partis désirent pousser plus loin la laïcité, c’est parce que cette valeur est compromise.

On le voit chaque jour lorsque, à plein soleil, un homme se promène en bermudas et sa femme est couverte de la tête aux pieds. Ou encore lorsque des symboles politico-religieux comme le voile s’imposent dans les services publics. Les défenseurs de la laïcité s’insurgent contre cela. Ils ont raison.

Mémoire partagée

Mais les choses sont toujours plus complexes que prévu. Que faire de notre héritage catholique ? Doit-on le renier ? Le passer à l’eau de javel ? Non. Cinquante ans après la Révolution tranquille, nos héritages laïc et catholique doivent se réconcilier.

Aujourd’hui, le catholicisme n’est plus d’abord une foi. C’est un patrimoine. Une mémoire partagée par les croyants, les incroyants. Et même par les Québécois d’une autre religion. Les Québécois n’ont pas à en avoir honte. Notre passé n’était pas qu’une grande noirceur.

On en revient au crucifix. A-t-il sa place à l’Assemblée nationale ? Oui. Absolument. Il n’y est pas comme un symbole religieux. Mais comme une trace de notre passé. Comme un symbole identitaire. Nul besoin de croire en Dieu pour vouloir l’y conserver.

Renouer avec nos racines

Si on enlève le crucifix de l’Assemblée nationale, faudra-t-il ensuite retirer la croix du drapeau ? Faudra-t-il enlever les fêtes chrétiennes du calendrier ? En finir avec Noël ? Avec Pâques ? Le Québec doit-il faire table rase de son histoire ?

En 2012, les Québécois sont devenus « catho-laïques ». Ils ne veulent pas oublier la Révolution tranquille. Ils ne veulent pas oublier ce qui l’a précédé. Non, ce n’est pas contradictoire. Oui, c’est complexe. Mais l’identité d’un peuple est complexe.

Au moment où la mondialisation entre en crise, les peuples veulent renouer avec leurs racines. L’amnésie ne fait pas des peuples forts. Et vous savez qui l’a souvent rappelé à sa manière aux Québécois ? Djemila Benhabib. Jean Tremblay aurait dû se renseigner avant de l’insulter.

Commentaires