Plusieurs vétérans des Rouges seraient prêts à conclure une alliance avec les Bleus, à condition que les motards ne viennent pas s’inviter à la noce entre gangs de rue.
C’est du moins ce qu’un de ces vétérans des Rouges a fait savoir au Journal hier, une semaine après le meurtre de leur président, « Big » Chénier Dupuy, tué par balle dans le stationnement des Galeries d’Anjou.
« L’alliance entre Rouges et Bleus va se concrétiser un jour, a-t-il dit en requérant l’anonymat. Mais pas avec (Gregory) Wooley et les “licheux de bécyc” ».
Déjà en affaires
Gregory Wooley est la tête dirigeante des Syndicates, une clique formée d’ex-membres de gangs de rue, à la solde des Hells Angels et en contrôle du marché de la drogue au centre-ville de Montréal.
En juillet, Wooley — qui fut membre des Master B, un gang d’allégeance bleue, avant de devenir garde du corps de Maurice « Mom » Boucher et de porter la veste des Rockers, le défunt club-école des Hells — a convoqué plusieurs chefs de gangs dans un bar des Laurentides, afin d’unir tous les clans sous la gouverne des motards.
Dupuy s’y est vertement opposé, comme un autre Rouge influent, Lamartine Sévère Paul, qui a également été abattu le soir du 10 août, à Laval.
Un pacte entre Rouges et Bleus aurait de quoi surprendre, compte tenu de leur rivalité historique, née en sol américain entre les Bloods (Rouges) et les Crips (Bleus). Chercheraient-ils à profiter de l’incarcération des membres des Hells Angels, en attente des procès de l’opération SharQc, et de la désorganisation de la mafia italienne pour occuper plus de place sur le marché du crime ?
« Ça fait longtemps que les chefs Rouges et Bleus ont une relation d’affaires », a simplement dit ce vétéran.
« Très bien organisé »
Il a aussi soutenu que, contrairement à des informations ayant circulé, le caïd Ducarme Joseph – qui a lui-même échappé à une fusillade ayant fait deux morts, en mars 2010, dans le Vieux-Montréal – « n’est pas ami, ni associé avec Wooley ».
De plus, il s’est montré en désaccord avec la sociologue et députée bloquiste Maria Mourani, qui estimait improbable que la Rive-Sud puisse être le théâtre de représailles promises par les Rouges depuis le meurtre de leur chef.
« Nous sommes partout à Montréal et aussi sur la Rive-Sud. À Hull, Sherbrooke, Trois-Rivières et même à Toronto. Nous avons nos contacts dans le monde interlope et pouvons financer ou importer notre propre produit. Nous sommes aussi dans l’entreprise légale. Nous avons nos notaires, nos comptables, nos avocats. Nous sommes très bien organisés. »
► En 2005, le Service du renseignement criminel du Québec – la centrale provinciale d’informations policières et de lutte au crime organisé – prédisait que les gangs de rue consolideraient leur présence à Montréal et s’étendraient en région. Le SRCQ n’a pas répondu à l’invitation du Journal, cette semaine, à commenter la situation actuelle.