Une nuit trop arrosée et une « faute » policière ont changé à jamais la vie d’un homme de 33 ans : coureur de marathon, il s’est retrouvé paralysé du jour au lendemain et attend maintenant la somme de 1,7 M$ que Québec vient d’être condamné à lui verser.
Il y a dix ans, la vie de Maurice Mowatt a basculé en quelques heures : une beuverie, l’insouciance de deux policiers puis une mauvaise chute ont privé ce grand sportif de l’usage de ses bras et de ses jambes.
Il immortalise d’ailleurs aujourd’hui ses souvenirs de course en choisissant un cliché volé à l’arrivée d’un marathon comme photo de profil Facebook. « J’avais oublié que ce gars-là était tout un athlète... », commente un membre de sa famille.
La date du 9 juillet 2002 restera à jamais gravée dans la mémoire du papa de 33 ans à la santé de fer, ancien menuisier.
Au petit matin d’une soirée trop arrosée, M. Mowatt est retrouvé au bord d’un fossé de la ville d’Amos en Abitibi-Témiscamingue, par deux agents de la Sûreté du Québec (SQ).
Ils décident de le ramener chez lui dans la réserve indienne de Pikogan, située à quelques kilomètres.
Mais arrivés à son domicile, les deux policiers laissent Maurice Mowatt devant la porte de la résidence. Après leur départ, l’homme ivre fait une chute tragique et se brise une vertèbre cervicale.
Des policiers négligents
M. Mowatt a amené l’affaire devant le tribunal, espérant rendre les policiers responsables de ses malheurs, mais surtout obtenir un dédommagement.
Et le juge a tranché nettement en sa faveur : les agents de la SQ ont manqué à leur devoir en l’abandonnant sur place, estime-t-il, sans demi-mesure.
L’homme ivre avait besoin d’assistance et de secours, il était prévisible qu’il puisse tomber, avance même le magistrat, pointant du doigt la mauvaise conduite policière.
« Ils sont responsables conjointement et solidairement des dommages subis par M. Mowatt (...) en l’ayant laissé dans un si piètre état, couché dans le gravier, sans informer les occupants de la maison », a-t-il notamment conclu.
Dix ans plus tard, M. Mowatt ne s’en remet toujours pas. « Je suis frustré, ces gens-là ont pris ma vie », confie-t-il au bout du fil, cloué dans son fauteuil roulant.
Le 1er août dernier, le montant des dommages subis par M. Mowatt a été fixé à 1,7 M$. Une somme que Québec devra revoir à la hausse, car elle ne comprend pas les intérêts.
« La manière dont ils ont agi avec moi n’était pas professionnelle, déplore M. Mowatt. J’aurais aimé qu’ils perdent tous les deux leur boulot comme punition. »
Les policiers n’ont subi aucune mesure disciplinaire.