Pour éviter que le Parti libéral soit humilié le 4 septembre, Jean Charest devait tenir tête à François Legault; il y est parvenu, par moments avec une indéniable aisance.
Si le débat a débuté poliment, les échanges entre les deux hommes se sont vite chargés d’intensité. M. Legault a ouvert les hostilités en rappelant les controverses impliquant Tony Tomassi, Michelle Courchesne et Nathalie Normandeau. « Vous avez été trop tolérant, vous avez été négligeant », a lancé le chef de la CAQ, plutôt nerveux. Jean Charest a répliqué avec des questions peu flatteuses, barbouillant au passage les « incorruptibles » caquistes Jacques Duchesneau, Sylvie Roy et Maude Cohen. À plusieurs reprises il a glissé son insulte préférée : « Pas fiable » !
Étonnamment, M. Legault a été obligé de se défendre sur le front de l’éthique et a dû expliquer les cocktails de financement organisés par la CAQ. Il a finalement haussé le ton le premier pour briser le rythme imposé par son adversaire qui semblait parfois s’amuser.
Le chaos
M. Legault a toutefois pu passer sa « ligne » : les libéraux et les péquistes ne veulent pas toucher au statu quo, même si les coûts sont astronomiques. « Le ménage, vous, vous ne le ferez pas. Vous n’êtes pas fiable », a-t-il lancé en reprenant l’insulte de son adversaire.
Jean Charest a toutefois pu, avec une bonne dose de démagogie, indiquer aux téléspectateurs que le chef de la CAQ entrevoyait des changements un trop ambitieux. Le chaos, a-t-il prédit.
Mais c’est en parlant des sièges sociaux que les choses se sont corsées pour François Legault. Jean Charest a embarrassé son adversaire en rappelant qu’il était ministre de l’Industrie et du Commerce dans le gouvernement Bouchard quand Provigo a été avalé par Loblaw’s. M. Legault a été obligé de répéter qu’il était contre cette vente.
En réalité, il n’avait pas grand’chose à dire, c’est la Caisse de dépôt et placement qui décidait; Jean-François Lisée était avec Lucien Bouchard, dans un bus de campagne, quand la nouvelle est tombée. Sur ce point, M. Legault disait vrai.
Ce débat était nettement plus poli que celui de la veille. On a eu droit à quelques échanges vigoureux, mais les gladiateurs sont restés courtois jusqu’à la fin. Le chef de la CAQ a admis ensuite qu’il avait parfois dû contenir sa colère, exaspéré par les attaques de son redoutable opposant. Jean Charest, lui, en est sorti de fort bonne humeur, rayonnant même, satisfait de sa performance. Plus qu’honorable, selon nous.