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Ex-PDG dans l’eau chaude

Tadek Borys aurait empoché 1 million $ quand il dirigeait une filiale d’Hydro-Québec

Ex-PDG dans l’eau chaude
Photo Agence QMI, Martin Grenier Avestor opérait depuis ce bâtiment industriel à Boucherville jusqu'à sa faillite.

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La Sûreté du Québec enquête sur des allégations voulant que le dirigeant d’une ancienne filiale d’Hydro-Québec ait empoché des paiements clandestins totalisant près de 1 million $ de la part d’un manufacturier et fournisseur allemand.

Transmises à la haute direction de la société d’État québécoise dès 2005, les troublantes informations visaient Tadek Borys, président-directeur général de la compagnie Avestor à l’époque des faits allégués.

Sept ans plus tard, aucune accusation n’a cependant encore été portée à son endroit.

L’Agence QMI a toutefois appris auprès de trois sources confidentielles qu’un homme d’affaires européen a livré aux autorités une incriminante déclaration sous serment. Il y explique – documents à l’appui – avoir organisé des transferts secrets d’argent au profit de M. Borys dans une banque du Luxembourg.

Motus et bouche cousue

L’individu à l’origine de la dénonciation, Klaus-Dieter Reinhardt, est un ancien membre de la direction de la firme Kroenert GmbH. Cette entreprise allemande vendait des équipements à la filiale d’Hydro-Québec au moment où elle construisait son usine de production de batteries au lithium-métal-polymère à Boucherville.

Joint par l’Agence QMI, Tadek Borys a réfuté les allégations lancées contre lui et a déclaré n’avoir rien fait de mal alors qu’il était à la tête d’Avestor.

Chez Hydro-Québec, la porte-parole Danielle Chabot a refusé d’aborder l’affaire. « On ne commentera pas le dossier. L’enquête a été confiée à la SQ », a-t-elle dit.

Même son de cloche du côté de la police, où on ne souhaite pas discuter d’une investigation en cours.

Enfin, le manufacturier Kroenert, qui aurait vendu pour 14 M$ d’équipements à Avestor, n’a pas non plus répondu à nos demandes d’entrevues.

Une autre fraude à l’étude

L’Agence QMI a néanmoins appris que l’enquête de la SQ sur Avestor comportait deux volets. Outre les allégations à l’endroit de M. Borys, un cas de fraude a aussi été soumis aux procureurs.

Dans un cas comme dans l’autre, le porte-parole du Bureau du directeur des poursuites criminelles et pénales, René Verret, n’a pas souhaité révéler l’identité des gens faisant l’objet d’une enquête.

« Le nom de M. Borys apparaît dans les informations et les dossiers qu’on a ici au Québec », a-t-il néanmoins mentionné en cours d’entrevue, avant d’ajouter aussitôt que les procureurs ne se penchent que sur les crimes commis « exclusivement au Québec, pas les crimes potentiels commis à l’étranger ».

M. Verret a pu confirmer que les procureurs de la Couronne à Longueuil évaluent présentement la possibilité de déposer des accusations dans l’affaire de fraude.

Cependant, selon nos informations, ces accusations liées au désastre financier d’Avestor en 2006 ne concerneraient pas Tadek Borys, mais plutôt un entrepreneur ontarien du nom de Thomas Beck. Les contrats que ce dernier, un ami de Borys, a obtenus de la filiale d’Hydro-Québec ont été scrutés de près par les policiers de la SQ, selon nos sources. Il a été impossible de rejoindre M. Beck au cours de ce reportage.

Les détectives des crimes économiques de la SQ ont d’ailleurs saisi des relevés bancaires en Ontario et au Québec en 2006 et 2008, en plus d’interroger plusieurs témoins.

Aucune décision finale n’aurait encore été prise puisque les procureurs au dossier ont demandé aux policiers de leur fournir des documents additionnels il y a quelques mois et les attendent toujours.

Tombé dans un trou noir ?

Deux sources ont cependant confié ne pas comprendre pourquoi aucune accusation n’a encore été déposée sept ans après qu’on eut tiré la sonnette d’alarme et transmis les informations compromettantes à Hydro- Québec.

« C’est comme si tout le dossier était tombé dans un grand trou noir », a déploré un informateur bien au fait du dossier.

René Verret a rejeté du revers de la main toute assertion de négligence ou de retard volontaire du côté des procureurs : « On est prêt à rendre une décision. Le dossier ne dort pas chez nous. Ce n’est pas vrai ça », a-t-il insisté.


Andrew McIntosh est le chef des enquêtes à l’Agence QMI. On peut le joindre à andrew.

 

L’histoire du désastre d’avestor
1979
L’Institut de recherche d’Hydro-Québec est un des premiers au monde à se pencher sur le développement de batteries au lithium-métal-polymère.
2001
Création de la société Avestor, détenue à parts égales par Hydro-Québec et l’américaine Kerr-McGee. Cette filiale de la société d’État est alors censée «révolutionner l’industrie de la batterie pour les véhicules électriques ».
2002
Avestor ouvre son usine de Boucherville.
Juin 2003
Première livraison de batteries pour l’industrie des télécommunications. « Après plus deux décennies d’efforts de la part de centaines d’ingénieurs et de scientifiques, notre batterie au lithium-métal-polymère est une réalité et va changer pour toujours la façon dont on emmagasine l’électricité», déclare le PDG d’Avestor, Tadek Borys.
Novembre 2004
Le PDG d’Avestor, Tadek Borys, quitte soudainement ses fonctions. Les batteries d’Avestor sont à cette époque pointées du doigt à la suite d’incendies, dont un à sa propre usine de Boucherville.
octobre 2006
Un important investisseur français se retire. Avestor se place sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers. Les opérations cessent et 260 travailleurs sont mis à pieds. Hydro-Québec et son partenaire privé essuient des pertes de 200M$.
mars 2007
Le groupe français Bolloré rachète les actifs d’Avestor pour un montant non dévoilé. Son usine de Boucherville opère depuis sous le nom de Bathium Canada.
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