Frappé par la légionellose, l’homme d’affaires Michel Cadrin se considère très chanceux d’être encore en vie après avoir combattu la bactérie.
« Je te jure que j’ai eu peur. Avec le recul, je remercie le ciel. J’ai été très chanceux », lance l’entrepreneur bien connu, qui se remet actuellement de la maladie.
M. Cadrin occupe un bureau sur le boulevard Charest, dans la Basse-Ville à Québec. Il a commencé à ressentir les premiers symptômes de la maladie, qui n’est pas transmissible, le 13 août. Il était loin de se douter qu’il était la 15e personne à contracter la bactérie qui fait présentement si peur à Québec.
« Je me sentais faible et très fatigué, mais j’ai attendu avant d’aller à l’hôpital. J’ai dormi pendant 16 heures, mais le lendemain la fièvre a commencé à monter », raconte-t-il.
Tests
Son état s’est détérioré. Il a consulté un premier médecin, qui lui a recommandé une série de tests. Deux jours plus tard, M. Cadrin est devenu léthargique. Son épouse, Suzanne Descarries, a appelé l’ambulance au beau milieu de la nuit, constatant qu’il faisait près de 40 degrés de fièvre.
« J’ai été pris en charge à l’hôpital Saint-François-d’Assise. Je grelottais, j’étais en sueur et dix minutes plus tard, j’avais froid. J’avais des courbatures. En peu de temps, j’ai été placé en isolement », témoigne l’homme d’affaires, qui n’avait jamais mis les pieds à l’hôpital avant, et qui se considère en bonne santé.
Heureusement pour lui, les antibiotiques administrés par voie intraveineuse ont rapidement eu raison de la légionellose. « Je me suis senti mieux après 24 heures. Mais c’est une bactérie qui évolue très vite et qui est très virulente », exprime-t-il.
Il a fourni à la Direction de la santé publique tous les détails de ses déplacements des jours précédents. M. Cadrin, qui a abandonné la cigarette depuis, ignore comment il a pu être contaminé. « Si ça provient vraiment des tours de refroidissement sur des édifices, il faut que ce soit contrôlé », signale-t-il, en laissant aux politiciens le soin de débattre de la réglementation.
Il se dit très préoccupé par la dangerosité de la bactérie, surtout présente à Québec, mais qui a aussi frappé l’un de ses amis en Espagne. « Les médecins m’ont dit que 24 heures de plus dans mon cas et ma vie était en danger », glisse Michel Cadrin. Avec son épouse, ils félicitent le personnel médical. « On a beau dire que nos hôpitaux sont “tout croches”, mais les médecins, les infirmières et les préposés sont à l’écoute et travaillent très fort. Ils méritent leur paie », insiste l’entrepreneur.
Labeaume entendu
Alors que les cas de légionellose se multiplient, le maire Régis Labeaume a interpellé le gouvernement pour qu’il réglemente l’entretien des tours de refroidissement, à l’origine de la maladie.
Au moment de faire le bilan hier, la Direction de la santé publique dénombrait toujours 6 morts, mais comptait alors 81 cas répertoriés. Non seulement s’agit-il de la plus grosse éclosion de légionellose qu’ait vécue le pays jusqu’à présent, mais tout porte à croire que le nombre de cas continuera d’augmenter.
Le cri du cœur de Régis Labeaume a été entendu. Le gouvernement Charest a réagi à l’éclosion de légionellose en annonçant que l’entretien des tours de refroidissement sera obligatoire dès l’automne.
Ces tours, placées sur les édifices de plus de trois étages dans la région de Québec, seraient à l’origine de l’éclosion de la maladie. Lorsqu’elles sont mal entretenues, la bactérie est susceptible de se développer, d’être projetée dans les conduites d’aération et d’infecter les personnes vulnérables.
Il aura cependant fallu 6 morts avant que la loi soit modifiée. Pourtant, en 1997, un rapport recommandait déjà au gouvernement péquiste de l’époque de s’attaquer à l’entretien des tours.