Plus rapide que les chevaux et que les trains, Alexis le « Trotteur » a fasciné ses contemporains. Ses exploits de coureur ont été racontés par des générations de Saguenéens. Mais au-delà du mythe, qui était Alexis Lapointe ?
L’ancêtre des Lapointe était un Audet ! Baptisé en 1637 dans le petit village de Maulais, dans le Poitou français, Nicolas Audet dit Lapointe arrive dans la colonie en 1663. Modeste serviteur de Mgr de Laval, l’évêque de la Nouvelle-France, l’homme s’installe à Saint-Jean, sur l’île d’Orléans. Le 15 septembre 1670, il épouse Madeleine Després, une fille du roi, arrivée quelques semaines plus tôt. De 1671 et 1691, le couple aura 11 enfants.
Alexis le nomade
Pierre Lapointe, l’un des arrière-petits-fils de Nicolas, se marie à l’Île-aux-Coudres en 1764. Joseph Lapointe, le petit-fils de Pierre, choisit pour sa part de s’installer à La Malbaie. Or, c’est dans ce joli village de Charlevoix que naît Alexis, certainement le plus connu des Lapointe de la huitième génération, le 4 juin 1860. Par sa mère, Alexis le Trotteur est aussi le petit-fils d’Alexis Tremblay dit « Picoté », l’un des fondateurs mythiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dont nous avons déjà parlé.
Selon le chercheur Jean-Claude Larouche, Alexis Lapointe est un enfant turbulent et un adolescent fantasque qui adore jouer des tours, attirer l’attention, faire rire. Le genre d’enfant à qui on prescrirait aujourd’hui du Ritalin ! C’est surtout un solitaire, un célibataire endurci, un nomade, très jaloux de sa liberté. Du haut de ses 5 pi 7 po, l’homme n’a rien d’un colosse. S’il mange comme un ogre, il pèse à peine 170 lb.
À 30 ans, il quitte son patelin, traverse le fleuve et part vivre dans la vallée de la Matapédia, dans les environs d’Amqui. Après avoir travaillé au Maine et au Vermont, il revient à La Malbaie, mais part aussitôt pour le Saguenay et le lac Saint-Jean. D’Alma jusqu’à Chicoutimi et de Mistassini jusqu’à Métabetchouan, tout le monde en vient à connaître ce personnage amusant, excentrique, qui fabrique des fours à pain, travaille comme jobber chez l’habitant ou sur les chantiers.
Le Surcheval
Alexis Lapointe est surnommé le « Trotteur » à cause de ses talents de coureur. Il lui arrive régulièrement de courir de très longues distances sans se fatiguer. Parmi les histoires légendaires, il y a celle de sa course d’environ 160 km entre Pointe-au-Pic (La Malbaie) et La Baie (Bagotville). Selon plusieurs témoins, il aurait couru une vingtaine de fois la distance Roberval-Chicoutimi (environ 100 km).
Il courait longtemps et vite… Ses courses contre les meilleurs chevaux de la région firent sa renommée. « Je puis affirmer qu’Alexis Lapointe était un surhomme que vous ne retrouverez plus nulle part ailleurs, raconte un témoin interrogé en 1967 par Larouche. Il accotait les meilleurs chevaux d’ici dans des courses régulières, avec juges, chronométrages, etc. ».
À Paterson, dans le New Jersey, Alexis aurait sauté dans une course en marche et battu facilement tous les concurrents ! D’autres témoins affirment qu’il aurait franchi plus rapidement que le train la distance de 14 km entre Amqui et Val-Brillant.
Avant ses courses, Alexis le Trotteur s’échauffait comme s’il y avait du cheval en lui. « Quand il voulait courir, il se secouait, sortait la langue, faisait avec sa bouche le bruit que fait un cheval après une course en faisant vibrer ses babines », raconte un témoin. Voilà pourquoi plusieurs le surnommaient le « Surcheval ».
Alexis le Trotteur est mort le 12 janvier 1924, écrasé par un train. Même cet événement s’est transformé en légende. Plusieurs ont dit qu’il avait perdu sa dernière course contre un train. Selon Larouche, il s’agirait d’un banal accident… Les légendes ont cependant la vie dure.
À lire : Jean-Claude Larouche, Alexis le Trotteur, éditions JCL, 1987. Les descendants des Lapointe ont leur site Web : www.audetditlapointe.ca